Ni le Ciel ni la Terre

Film français de Clément Cogitore

Avec Jérémie Rénier, Kevin Azaïs, Swann Arlaud, Marc Robert, Finnegan Oldfield, Clément Bresson, Sâm Mirhosseini





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-09-2015

Durée: 1h40

 

Nuit noire

Après cinq courts-métrages sélectionnés et primés dans divers festivals, Clément Cogitore réalise son premier long-métrage, Ni le Ciel ni la Terre, dont il est co-scénariste avec Thomas Bidegain. Ce récit original a pour ambition de marier une aventure militaire au mystère des films fantastiques.

En Afghanistan, la section du capitaine Bonassieu, qui doit bientôt être relevée à la fin de sa mission, surveille une vallée proche de la frontière pakistanaise qu’empruntent les paysans locaux que rien ne distingue d’éventuels talibans durant la journée. Par contre quand vient la nuit, une activité invisible envahit les flancs des montagnes qui surplombent ce poste de surveillance isolé. Mais, dotés d’un matériel infrarouge "high-tech", les hommes de la section peuvent voir dans l’obscurité et les échanges de rafales entre ces combattants inégalement armés crépitent dans le silence nocturne. Le retour du jour rétablit un calme relatif durant lequel le capitaine tente de communiquer - difficilement - avec les villageois voisins, hostiles et apeurés. Malgré son armement ultra moderne, la section se sait vulnérable et tente de protéger son abri précaire à l’aide de moyens limités et archaïques : sacs de sable empilés et plaques métalliques, Cette mise en place de la situation est efficacement traitée par le réalisateur, avec l’appui de bons comédiens (professionnels ou non).

Mais les conditions de cet affrontement vont se dégrader lorsque le capitaine s’aperçoit qu’il lui manque des hommes, disparus mystérieusement, sans que le spectateur en soit d’ailleurs conscient puisqu’il est vrai que, sous le lourd harnachement des armes, des accessoires divers, du casque de combat, etc., tous ces soldats sont uniformisés par l’uniforme et leur disparition peut passer inaperçue du public, d’autant que les séquences de nuit vont se succéder désormais de plus en plus. C’est à partir de là que Clément Cogitore a souhaité faire basculer le film de guerre vers le polar, voire le fantastique. Ces quatre hommes qui manquent à l’appel sont ils déserteurs ? Perdus ? Enlevés ? Morts ? Evaporés ? Où sont passés leurs corps ? La recherche d’une réponse à ces questions va occuper la dernière partie du récit. Mais le comportement du capitaine et les décisions qu’il prend alors deviennent opaques : autant ses actions militaires du début était limpides, autant sa recherche d’une solution à cette énigme - qui a viré au fantastique - désoriente la section et le spectateur. A quel usage destine-t-il la fosse profonde qu’il fait creuser ? Pourquoi égorger quatre moutons – auxquels l’Armée rendra hommage - pour remplacer les disparus dans les cercueils ? On comprend bien que la capitaine Bonassieu soit désemparé devant ce mystère insoluble mais fallait-il le cacher à sa hiérarchie ? Les incertitudes métaphysiques assumées du réalisateur n’aident guère à décrypter le message de la conclusion de cette histoire mais, finalement, c’est peut-être ce que souhaite Clément Cogitore ? A vous de juger.