Des Apaches

Film français de Nassim Amaouche

Avec Nassim Amaouche, Laetitia Casta, André Dussolier, Djemel Barek, Alexis Clergeon, Kamel La broudi, Mohand Taferka, Hammou Graïa





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-07-2015

Durée: 1h37

 

Individu ou Communauté ?

Nassim Amaouche est un jeune réalisateur français d’origine kabyle qui s’est fait connaître par son premier long-métrage Adieu Gary en 2008. Avant de choisir le cinéma, il a étudié l’ethnologie et la sociologie, sciences qui s’appuient essentiellement sur la statistique et la dictature de la majorité : redonner ses droits à un individu qui voudrait s’isoler de la masse constitue l’idéal auquel Nassim Amaouche consacre ses scénarios. Après Adieu Gary, Des Apaches en est une nouvelle illustration.

Le film commence par un documentaire tourné dans les montagnes de Kabylie où un mode de vie agricole et ancestral règne sur ces familles qui semblent obéir à une forme de "démocratie" puisque toutes les décisions concernant la communauté sont soumises à un vote (des mâles dominants) qui est sans appel.

Après ce prologue pédagogique, sans aucune transition, nous nous retrouvons à Paris, dans le quartier Barbès où le vacarme des voitures et du métro sert de fond sonore à la communauté kabyle qui s'est établie là et vient se réunir dans les bistrots du quartier pour prendre des décisions importantes, selon les mêmes règles.

La séquence suivante nous entraîne dans le calme d’un cimetière parisien où un jeune homme, Samir, enterre sa mère selon le rite catholique. Durant la cérémonie, il a remarqué la présence discrète d’un homme de type algérien qu’il décide de suivre à la fin de la cérémonie. Serait-ce son père qu’il n’a jamais connu ?

Les points d’interrogation vont se succéder lors du déroulement de ce récit mystérieux que Samir, interprété par Nassim Amaouche lui-même, brouille à plaisir. Le petit garçon, né de père inconnu, élevé par Jeanne, est-il l'évocation de Samir enfant ? Jeanne est-elle sa mère qu’il vient d’enterrer ? L’inconnu du cimetière serait-il vraiment son père ? Le scénario entretient une confusion d'autant plus étrange entre ces personnages puisqu'ils se rencontrent parfois, brisant donc la fragile chronologie sur laquelle on espérait s’appuyer. En brouillant ainsi les repères, l’ambition de Nassim Amaouche est de souligner que l’enfant, Samir ou son père sont des êtres identiques aux diverses étapes de leur vie. Cette construction éclatée n’est pas sans rappeler les hardiesses de Citizen Kane, ce qui ne saurait être un défaut.

Mais ce scénario intéressant ne se consacre pas uniquement à ces troublantes recherches d’identité car le père supposé s’avère bien être le vrai : il souhaite retrouver son fils Samir parce qu’il est, quoique illégitime, le fils aîné de sa famille et que, dans la loi kabyle, lui seul peut autoriser l’opération immobilière qu’envisage le papa enfin retrouvé. Hélas, les lois ancestrales de la Kabylie ne font guère partie des préoccupations immédiates de ce rejeton rejeté. Cette récupération familiale arrive bien tard et il hésite à donner son accord à cette famille si absente… Bien entendu, je ne dévoilerai pas sa décision : comme Samir, je ne suis guère expert en lois, mais celles qui excluent les femmes d’un vote important me paraissent peu conformes à la "démocratie" évoquée dans le prologue champêtre.