Le Retour de Fabiola

Film chilien de Jairo Boisier

Avec Paola Lattus, Catalina Saavedra, Jose Soza, Daniel Antivilo, Hernando Lattus


Sélectionné aux Festivals de Rotterdam, Biarritz, Sao Paulo


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 24-06-2015

 

... et bouche cousue

Sociologue de formation, Jairo Boisier enseigne à l’Université tout en réalisant des courts et des moyens métrages pour la télévision et le cinéma. Le Retour de Fabiola est son premier long métrage de fiction. Egalement auteur du scénario, il nous décrit le retour d’une jeune femme dans son village natal après avoir travaillé quelques années « dans le cinéma », à Santiago du Chili.

Pressentant qu’elle ne serait jamais une star, elle s’est écartée du miroir aux alouettes pour revenir chez son père où vit toujours sa s½ur aînée. Ce village qui semble moribond accueille cette modeste gloire locale selon divers comportements, allant de l’admiration à la jalousie ou à l’indifférence. Avec Internet et les réseaux sociaux, les informations circulent désormais sans contrôle dans les régions les plus isolées et c’est ainsi que Tarentula, un jeune homme que cette revenante intrigue, noue progressivement une relation avec elle afin d’en savoir plus. Je me garderai bien de divulguer les résultats de son enquête afin de protéger les qualités de ce scénario au charme discret.

Je préfère souligner, par contre, l’intérêt de la mise en scène minimaliste de Jairo Boisier qui refuse le moindre mouvement de caméra : pas de panoramiques, ni travellings, ni zooms, ni le conventionnel champ / contrechamp. En général, les plans s’ouvrent sur un décor vide où pénètrent les acteurs qui viennent dialoguer comme dans l’Assassinat du Duc de Guise en 1908 (à la différence près qu’on "entend" ce qu’ils disent.) Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, ce retour aux sources ne fait pas du film un hommage à la Cinémathèque, mais baigne le récit dans l’évidente simplicité qu’il mérite et en fait un objet exceptionnel devant le déferlement en 3D des catalogues d’effets spéciaux qui phagocytent le cinéma actuel. Le récent Une Belle Fin d’Uberto Pasolini offrait déjà un exemple de cette tendance dont on peut trouver la source dans les films d’Ozu et de Robert Bresson dont Jairo Boisier revendique l’influence. Allez voir comment revient Fabiola mais n’ébruitez pas son secret : les articles en ont déjà beaucoup trop dit.