Le Tournoi

Film français de Elodie Namer

Avec Michelangelo Passaniti, Lou de Laâge, Magne-Havard Brekke, Adam Corbier, Fabien Libiszewski, Thmas Solivérès, Aliocha Schneider, Viktoria Kozlova, Ana Neborac, Victoire Gonin-Labat, J-Ph. Puymartin





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-04-2015

Durée: 1h23

 

...et mat !

Après être passée par hypokhâgne, khâgne et la Femis (section scénario), Elodie Namer s’est orientée vers la télévision où elle a participé aux premiers balbutiements de la télé-réalité dans les années 2000. Elle a finalement choisi de revenir vers la littérature pour écrire les scénarios de deux courts-métrages et de nombreuses séries populaires jusqu’à ce qu’elle découvre le monde fascinant des joueurs d’échecs professionnels, au point de consacrer plusieurs mois à l’apprentissage de ce jeu afin d’atteindre un niveau lui permettant de participer à des tournois. Ayant pénétré dans cet univers de codes, de manies et d’un jargon pour initiés, elle a décidé que ce serait le sujet de son premier long-métrage, Le Tournoi.

Ce tournoi se déroule durant une semaine en Hongrie, dans un palace de Budapest. Mais les participants ne sont guère disponibles pour le tourisme car ils restent vissés sur place par le déroulement de la compétition. Quoique changeant de lieux en permanence durant toute l’année, ils ont l’impression de ne jamais bouger puisque les palaces succèdent aux palaces et qu’ils se ressemblent tous, évoquant le Grand Budapest Hôtel de Wes Anderson. D’ailleurs, la plupart des participants étrangers sont vêtus de tee-shirts ou de blousons achetés dans les boutiques d’aéroport, car ils n’ont guère le loisir de faire des courses hors de l’hôtel. Ces notations humoristiques permettent d’échapper à l’immense salle où se déroule imperturbablement le tournoi, car la difficulté d’un tel sujet est de rendre intelligible ce film aux spectateurs qui ne connaissent pas les échecs et, surtout, de ne pas les ennuyer. La réalisatrice y parvient en évitant la captation en temps réel des parties engagées grâce à de nécessaires ellipses. Assez rapidement, l’intérêt va se porter sur deux participants : Cal, jeune champion français apparemment invincible et un enfant surdoué et polyglotte de huit ans qui élimine sans problème ses adversaires. Mais avant que la finale ne les réunisse, il faut alimenter l’histoire sans passer son temps à ne voir que des parties interminables dans la salle où s’affrontent les joueurs.

Elodie Namer va donc scénariser les péripéties plutôt répétitives qui se déroulent dans les coulisses du Palace : conflit amoureux entre Cal et sa copine, affrontement entre Cal et son entraîneur, jalousie entre Cal et son équipe, jeux de piscine qui évoquent les G.O. du Club Med, etc. Mais ces affrontements n’aèrent guère l’histoire puisqu’ils se déroulent toujours dans le huis clos bien étanche de l’hôtel. Ils ont pour seul résultat de casser progressivement le moral du héros (qui commence à perdre ses moyens, donc ses parties) et de donner au spectateur l’envie de retourner dans la grande salle où, finalement, se passent des choses plus intéressantes. Enfin arrive la finale attendue contre le gamin génial. N’étant pas spécialiste des tournois de bridge, j’ai été surpris d’y voir Cal comme finaliste après avoir perdu tant de parties auparavant. Contre toute attente, c’est donc sur le scénario qu’on se pose des questions car, en ce qui concerne une première réalisation, Elodie Namer fait preuve d’un savoir-faire digne d’éloges.