10.000 km

Film espagnol de Carlos Marquès-Marcet

Avec Natalia Tena, David Verdaguer


5 Récompenses au Festival de Malaga Prix du meilleur Premier Film aux GOYA 2014


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-04-2015

Durée: 1h39

 

Loin des yeux...

Carlos Marqués-Marcet est un jeune réalisateur espagnol, auteur d’une dizaine de courts métrages en dix ans, généralement primés dans divers festivals, qui a choisi comme premier long-métrage "10.000 km", qu’on pourrait classer dans les films expérimentaux. Un superbe premier plan-séquence de plusieurs minutes ouvre le film dans un petit appartement, à Barcelone. Après l’amour, Alexandra et Sergi envisagent l’avenir et la possibilité d’avoir un bébé. Si c’est le cas, Alexandra refusera le contrat d’un an à Los Angeles qui lui est proposé pour consolider sa carrière de photographe débutante. Sergi refuse généreusement qu’elle écarte cette offre inespérée : leur union est assez forte pour pouvoir résister à cette longue et lointaine séparation. Le bébé est remis à plus tard.

Ce long prologue montre la virtuosité d’une mise en scène classique maîtrisée. Mais la suite va relever du pari technique : le couple séparé par un océan et un continent ne va plus communiquer que par "Skype". Lors des premiers échanges, on essaye les possibilités du matériel mais on a vite fait le tour de ses possibilités. L’inspiration faiblit, les tentatives d’érotisme par voie numérique échouent mais Carlos Marqués-Marcet ne veut s’accorder aucune dérogation au principe qu’il a décidé : pas le moindre détail sur la vie californienne d’Alex, ni sur Sergi faisant son marché à Barcelone, activités futiles qui briseraient la rigueur du pari esthétique qu'il a décidé de tenter. Quelques précisions de dates viennent parfois nous donner des repères sur les mois qui s’écoulent nous faisant trouver le temps encore plus long malgré le talent des deux interprètes, si bien que ce dialogue totalement dépourvu d’action atteint 1h39. Est-ce une sorte de vengeance libératoire visant l’époque où Carlos se sentait frustré par la brièveté relative des courts métrages ? Doté d’un indiscutable talent de réalisateur, il a évidemment le droit de tenter des expériences, mais la qualité et l’originalité de sa superbe séquence d’ouverture me conduit à penser qu’il tenait là un court-métrage exceptionnel qui s’est noyé dans l’Atlantique.