Le Dos Rouge

Film français de Antoine Barraud

Avec Bertrand Bonello, Jeanne Balibar, Géraldine Pailhas, Joana Preiss, Barbet Schroeder, Pascal Greggory, Valérie Dréville, Nicolas Maury, Alex Descas, Nathalie Boutefeu, Marta Hoskins, Isild le Besco, Charlotte Rampling


Festival de la Roche sur Yon Prix d interprétation Bertrand Bonello


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-04-2015

Durée: 2h07

 

Films de Festivals

Antoine Barraud a débuté en réalisant des courts-métrages dont la monstruosité paraît être le fil conducteur, si l’on se réfère à leurs titres. Egalement à l’origine de portraits de cinéastes au travail, il réalise en 2014 son premier long-métrage "Les Gouffres", suivi aujourd’hui par "Le Dos Rouge" - le seul que j’ai vu - apparemment nourri par cette même inspiration. Sujet ? Un cinéaste travaille sur un projet de film qui aura pour thème la monstruosité dans la peinture. Il prend avis d’une historienne d’art qui l’accompagne dans les musées en analysant certains tableaux qui semblent avoir subi cette influence. Sur ce thème intéressant, Antoine Barraud a la bonne idée de faire appel à Bertrand Bonello - qu’il admire et dont il souhaitait seulement faire le portrait à l’origine - pour incarner ce cinéaste, de le prénommer évidemment Bertrand et d’authentifier sa présence en intégrant des extraits d’un de ses films resté à l’état de projet inabouti, avec Isild le Besco, durant le déroulement de l’histoire. Cette sorte de mise en abyme de l’acteur/réalisateur soutient l’intérêt que suscite ce scénario ambigu, d’autant que les films de Bertrand Bonello étant plutôt réputés sulfureux, on est surpris de le voir aussi timide, presque naïf, incertain dans ses choix sauf dans son intérêt pour les transgenres, et perpétuellement tristounet durant cette préparation de film qui s’éternise.

Car, autre caractéristique rare de ce "Dos Rouge", le tournage s’est réellement prolongé durant trois ans pour, entre autres, d’évidentes raisons de financement. L’équipe était en permanence dans l’incertitude de pouvoir terminer ce film que de longues périodes d’inaction interrompaient, tant et si bien qu’Antoine Barraud en a profité pour tourner, achever et programmer "Les Gouffres", tandis que Bertrand Bonello, encore plus fort, présentait "L’Apollonide" puis "Saint Laurent". Ce trop long délai de fabrication est peut-être responsable des hardiesses ( ?) qui se glissent dans ce "Dos Rouge" comme, par exemple, Jeanne Balibar, dans le rôle de l’historienne d’art, qui cède la place à Géraldine Pailhas sans préavis. Il est également possible qu’un montage aussi étalé dans le calendrier (et le minutage) fasse perdre le fil conducteur et le sens du rythme au réalisateur, surtout s’il travaille sur deux films à la fois. Mais, halte là : nous sommes dans un domaine où les critères de production habituels ne sont pas à l’ordre du jour, celui du "Film de Festival".

"Les Gouffres" a été sélectionné au Festival de Locarno et "Le Dos Rouge" à ceux de La Roche-sur-Yon et Berlin. Il est, pour l’instant, largement devancé par Bertrand Bonello dont le premier long-métrage, "Quelque chose d’organique" (1998) est allé au Festival de Berlin et le second - "Le Pornographe" (2001) – a reçu le Prix Fipresci décerné par la Critique. Le suivant, "Tiresia" (2003), est sélectionné à Cannes. En 2005, autre sélection à Cannes pour son court-métrage "Cindy, the doll is mine". Locarno l’accueille en 2007 pour "My new picture". Retour à Cannes en 2008 à la Quinzaine des Réalisateurs avec "De la Guerre". Puis "Where the boys are", autre court-métrage, à Locarno en 2010. "L’Apollonide" à Cannes en 2011 suivi de "Saint Laurent" en 2014. Enfin, une récompense aux César 2014 est venue couronner ce long parcours du combattant : Meilleurs Costumes pour… "Saint Laurent", évidemment !