JACK

Film allemand de Edward Berger

Avec Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer, Nele Mueller-Stöfen, Vincent Redetzki, Jacob Matschenz


Sélection 64e Festival de Berlin 2014


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-04-2015

Durée: 1h43

 

Vide de Famille

Aujourd’hui, les enfants interprètent souvent des rôles majeurs dans les scénarios : c’est le cas pour Terre Battue, les Merveilles, le Dernier Coup de Marteau et le film que vient de réaliser Edward Berger, Jack, portrait d’un jeune berlinois de dix ans qui gère vaillamment la non-vie de famille, due à l’absence d’un père et d’une mère totalement immature qui travaille dans la journée et fait plutôt la fête la nuit. Jack s’occupe donc des courses, prépare le petit déjeuner de son frère Manuel, six ans, qu’il accompagne à l’école après une toilette sommaire. Malgré de louables efforts, le scénario peine à rendre vraiment attendrissant un personnage aussi irresponsable que cette jeune mère trop absente. C’est également l’avis des Services de Protection de l’enfance qui finit par lui retirer la garde de ses garçons pour les placer dans un centre d’hébergement, tout en leur conservant un droit de visite à cette maman qu’ils adorent malgré tout. Comme Jack est hyper adapté aux situations difficiles, ce nouveau mode de vie va lui convenir jusqu’au jour où, exaspéré par un autre pensionnaire plus âgé qui en a fait son souffre-douleur, il finit par l’assommer en le laissant inanimé au bord d’un étang. Il s’échappe du Centre avec son petit frère et retourne dans leur quartier, vers l’appartement où personne ne répond comme d’habitude et où la clé n’est même plus dans sa cachette, sur le palier.

Jusque là, ce récit, émouvant, rythmé et inventif, fait penser au meilleur de Ken Loach à ses débuts, lorsqu’il décrivait dans KES" (1969) la relation d’un jeune garçon solitaire avec le faucon qu’il dressait. Mais cette inspiration qui alimentait le récit depuis l’ouverture faiblit progressivement et la seconde partie du film va être consacrée à la recherche vaine de la mère absente, dans tous les lieux qu’elle fréquente habituellement, du travail chez MacDo aux diverses boîtes de nuit. Cette longue quête répétitive dans les rues berlinoises, durant plusieurs jours (et nuits), est menée sans résultats par l’infatigable Jack, flanqué du petit Manuel épuisé qui, de plus, s’égare parfois dans la grande ville indifférente. Mais le flair du grand frère le récupère miraculeusement. Cette recherche en boucle atteint 1h43 alors que rien d’inédit ne se passe plus sur l’écran. Il semble qu’un quart d’heure en moins n’aurait pas nui à un récit qui avait si bien commencé, d’autant plus qu’un surprenant plan final ( ?) nous montre les deux enfants frappant en vain à la porte d’une maison inconnue sans que l’on sache, une fois de plus, si la porte va enfin s’ouvrir ou non. Toutes ces réserves ne concernent que la minceur d’un scénario trop délayé que l’adroite réalisation d’Edward Berger ne parvient pas à fortifier. Soulignons tout de même la remarquable interprétation du jeune Ivo Pietzcker, dans le rôle titre, qui soutient (une fois de plus sans faiblir) l’édifice jusqu’au bout.