Corto Maltese

Film français de Pascal Morelli

Avec les voix de: Richard Berry, Patrick Bouchitey, Marie Trintignant, Barbara Schultz


Dessins originaux d’Hugo Pratt


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 25-09-2002

Durée: 1h30

 

Tribulations d’un anglais en Sibérie

Qui n’a jamais entendu parler du légendaire Corto Maltese ? Sa renommée rendait l’adaptation cinématographique inévitable, c’est maintenant chose faite. Le scénario de Corto Maltese, la cour secrète des arcanes suit fidèlement la bande dessinée dont il est tiré : Corto Maltese en Sibérie, déjà proche du story-board dans des partis pris très cinématographiques. En effet, les oeuvres graphiques d’Hugo Pratt sont fortement influencées par le cinéma de Ford, Curtiz, Lean ou encore Leone. En outre, contrairement à une idée reçue, ce dessin animé est destiné aux adultes : ainsi l’intrigue, essentiellement politique, renvoie à un contexte historique très dense et aborde des questions d’ordre moral ou éthique.

Dans l’Asie chaotique de 1919, Corto Maltese est chargé par une société secrète, les Lanternes Rouges, d’intercepter l’or du gouvernement contre-révolutionnaire, transporté dans un train blindé sillonnant la Russie, la Sibérie et la Mandchourie.

Pascal Morelli, qui a été choisi pour diriger ce projet, est connu pour ses productions télévisées (Ghostbusters, Hello Kitty ...) : il s’est attelé durant cinq années, avec une équipe de 400 personnes, à l’animation du personnage de Corto Maltese, qu’il affectionne depuis son adolescence.

Le réalisateur n’est certes pas démiurge, il doit cependant insuffler la vie aux caractères d’Hugo Pratt: d’abord par un choix judicieux de voix, typées sans être caricaturales. Les intonations charismatiques de Richard Berry sont parfaites pour Corto et Patrick Bouchitey prète sa voix à l’exubérant ludion Raspoutine, quant à Marie Trintignant, elle interprète avec indolence la duchesse russe Marina Seminova. Ensuite vient le mouvement : rajout de couleurs, décors, finition du trait. Même si l’animation des personnages manque parfois de fluidité, et si leur insertion dans le décor reste peu naturelle, les décors eux-mêmes, faits d’après photo, séduisent par le charme et l’élégance des compositions.

Le résultat est saisissant : le personnage de Corto Maltese est à la fois crédible et romanesque, moins artificiel que Largo Winch, plus avenant que le capitaine Haddock... d’ailleurs il n’est même pas marin (" la casquette c’est un cadeau "). Aventurier arrogant et subversif, poète romantique : le film, où règne une alchimie parfaite, achève d’élever au rang d’icône ce héros du début du vingtième siècle qui ne ressemble à personne d’autre.