Things people do

Film américain de Saar Klein

Avec Wes Bentley, Vinessa Shaw, Jason Isaacs


2014 : Sélection 64° Festival de Berlin / Prix du 40° Festival de Deauville


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 18-02-2015

Durée: 1h50

 

Le cauchemar americain

Après avoir écrit et réalisé deux courts-métrages, voici le premier long de Saar Klein, Things People Do, mais cette fois ci, il ne s’agit pas d’un jeune débutant : monteur chevronné et souvent récompensé pour ses collaborations avec, entre autres, Oliver Stone (U Turn) ou Terrence Malik (La Ligne Rouge, Le Nouveau Monde, The Tree of Life), il est également l’auteur de ce scénario qui dépeint l’angoisse d’un employé licencié brutalement, thème récurrent dans la crise actuelle ayant déjà inspiré de nombreux films réussis comme The Company Men (2010) de John Wells. Mais Saar Klein parvient à renouveler ce drame en faisant basculer progressivement Bill, chômeur involontaire, vers l’illégalité et peut-être le crime.

Bill est un homme psychorigide, sévère avec ses jeunes enfants mais irréprochablement honnête, qualité qui le rend trop favorable aux victimes lorsqu’il établit la prise en charge des dégâts par la compagnie d’assurances qui l’emploie : résultat ? Elle le licencie. Comment assurer à présent l’existence de sa famille et l’entretien de la maison avec piscine, preuve de la réussite dans le rêve américain, comment faire face aux divers emprunts qui l’écrasent ? Ses recherches d’un nouvel emploi échouent successivement, il revend ce qu’il peut au brocanteur local pour faire face à ses dettes, sans oser révéler la situation à sa femme. Chaque matin, Il feint d’aller travailler et passe donc ses journées au bowling avec des copains ; il y fait la connaissance de Frank, un inspecteur de police solitaire et insolite, qui tue également le temps dans cette petite ville au bord du désert en enchaînant les bières et en regardant les joueurs désoeuvrés.

Une nuit, Bill est réveillé par les gémissements d’un chien qui agonise dans le désert près de sa maison. Il va chercher son revolver et le tue pour abréger ses souffrances. Le lendemain, écrasé par la canicule, il erre dans la colline aride, s’assied à l’ombre d’un arbre et met son revolver dans la bouche, mais il n’a pas le courage de presser la détente. Reprenant son errance vers un lotissement apparemment désert, il cherche à se désaltérer à un robinet de jardin à sec et pénètre dans une maison pour trouver de l’eau. Il y surprend un couple en pleine action que cet inconnu armé paralyse de terreur. Alors qu’il ne demande rien, la femme lui avoue qu’elle est mariée et Bill peut délester, sans effort, ces amants paniqués d’une poignée de dollars bienvenus par ces temps de disette. A présent, tout va basculer : le trop scrupuleux et honnête agent d’assurances va timidement et maladroitement verser dans le hold-up solitaire et masqué, à l’insu de sa famille bien entendu.

Après un tel prologue, Saar Klein maintient la pression avec une originalité qui fait si souvent défaut dans les films aux ouvertures réussies, notamment dans l’étrange relation - amicale et réciproque - que Bill entretient avec le policier et dans l’aspect Dr Jekyll / Mr Hide de sa nouvelle existence: enjoué et normal dans la vie familiale ou amicale, angoissé et maladroit dans son job de malfaiteur novice. Saar Klein, après avoir flirté avec une fausse conclusion heureuse qui aurait massacré les qualités de ce scénario subtil, redresse la barre in extremis et nous offre une fin ouverte à la hauteur des qualités de ce film. Ce cauchemar climatisé est remarquablement interprété par Wes Benrley, qui excelle dans ce personnage à double face, et par Jason Isaacs en flic taciturne, inquiétant et ambigu. La belle Vinessa Shaw retrouve son rôle d’épouse soumise (et sous informée) déjà mis au point dans Cold in July. Pour son prochain film, nous lui souhaitons quand même un mari moins cachottier.