Rendez-vous à Atlit

Film israëlien de Shirel Amitaï

Avec Geraldine Nakache, Yael Abecassis, Judith Chemla, Arsinée Khanjian, Pippo Delbono





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-01-2015

Durée: 1h30

 

Shalom Fantômes

Trois soeurs se retrouvent en Israël, dans le village d’Atlit, pour procéder éventuellement à la vente de la maison familiale inoccupée depuis la mort des parents. Eventuellement, car les avis divergent : Darel, l’aînée, veut s’en débarrasser, Asia, la cadette, est indécise et Cali, «la soeur du milieu» veut la conserver. Ces options vont évoluer durant les quelques jours passés ensemble et ce premier long métrage de Shirel Amitaï dépeint avec finesse les affrontements de ces trois femmes qui alternent fous rires et émotion durant ces retrouvailles, sans que nous soyons plus informés sur leurs vies ailleurs, lorsqu’elles loin d’Atlit. Mais, nous sommes en Israël et le film ne se consacre pas seulement au difficile partage d’un héritage immobilier : le problème du conflit avec les Palestiniens plane en permanence sur l’avenir de ce legs.

Shirel Amitaï situe son récit en 1995, période où l’espoir d’une paix définitive devient enfin possible après les accords d’Oslo signés deux ans plus tôt entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. C’est pour cette raison que Cali refuse de vendre la maison de leur enfance : la fin proche de cet interminable conflit permettra désormais d’y vivre en toute quiétude, même si elle est consciente que les champs d’oliviers centenaires alentours ont forcément été plantés par des Palestiniens chassés de leurs terres. Avec ce personnage, Shirel Amitaï enrichit le scénario d’une belle idée originale : Cali est la seule qui évoque en permanence le passé, revoyant des images de son enfance, l’âne dans le champ, le jeune garçon palestinien qui cueillait les olives et surtout ses parents, encore jeunes bien entendu, qui apparaissent fréquemment dans le cours de ses pensées solitaires et nostalgiques. Il ne s’agit pas de flashes back, mais d'interventions réelles qui s’installent dans le présent du récit, au risque de troubler le spectateur inattentif - ou trop cartésien - pour admettre ces fantômes familiaux.

Au moment où des religieux américains se portent enfin acquéreurs de la maison alors que les trois soeurs hésitent encore, un intégriste israélien assassine Rabin, le 4 novembre 1995, après son discours sur un accord désormais possible avec la Palestine. Le pays est tétanisé par ce meurtre et l’espoir d’une paix prochaine disparaît. Shirel Amitaï traite ce choc dans une efficace séquence de nuit où les voitures s’arrêtent sur les routes, en désordre, radios allumées… Une fois de plus, une cinéaste israélienne jette un regard lucide et désespéré sur cette situation bloquée depuis soixante cinq ans... L’actuel gouvernement devrait aller plus souvent au cinéma.