Juillet de sang
Cold in July

Film américain de Jim Mickle

Avec Michael C.Hall, Vinessa Shaw, Sam Shepard, Don Johnson, Nick Damici, Wyatt Russell


Séélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, aux Festival de Sundance et Deauville


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 31-12-2014

Durée: 1h49

 

Happy Ending ?

On dit souvent que le cinéma s’apprend « sur le tas ». C’est en partie vrai. Aux origines, il fut longtemps un domaine protégé et réservé aux différents « fils ou filles de » réalisateurs, opérateurs, monteuses, machinistes, menuisiers, peintres, maquilleuses, etc. Cette cohorte d’artisans divers - qui inventaient les modes d’emploi de cet art nouveau exigeant la maîtrise de la lumière, de l’espace et du temps – formait une dynastie qui léguait son savoir à sa descendance. Peu à peu, cette activité artistique et, tout de même, industrielle étant prise au sérieux, de nombreux Etats créèrent des Ecoles de cinéma qui formèrent des cinéastes réputés (ou des chômeurs intermittents) venant concurrencer l’accès à la profession par les pistons de toutes sortes qui, seuls, pouvaient entrouvrir jusqu’alors la porte des studios.

Et voici qu’apparaît Jim Mickle, cas intéressant et rarissime. Il nous présente Juillet de sang, quatrième long métrage en quatre ans, fécondité déjà assez rare pour être soulignée. D’où vient-il et quelle a été la formation de ce réalisateur ? Durant une dizaine d’années, il a d’abord été machino, puis chef-machino, électro puis chef-électro, puis dessinateur de story-boards à l’étape de la pré-production. Désormais au sommet de la pyramide, il est également crédité comme scénariste et co-monteur des films qu’il réalise. Jim a donc été formé « sur tous les tas » possibles. Pareille curiosité ne peut qu’attirer la sympathie et une certaine admiration d’autant plus méritée que le résultat est en grande partie remarquable. L’ouverture et le développement de ce Juillet de sang prend immédiatement le spectateur à contre-pied tant le développement de l’histoire et le rythme du récit sont soutenus. Les coups de théâtre imprévisibles qui se succèdent entraînent le spectateur aux côtés du héros involontaire de ce drame de la vengeance. Soutenu également par deux « pointures » du cinéma hollywoodien classique, Sam Shepard et Don Johnson, ce feu d’artifices talentueux se maintient durant les deux tiers de la projection mais, hélas, l’inspiration finit par faiblir et le scénario retourne sur les rails d’une série B standard où les « bons », invulnérables sous la mitraille, vont descendre les « méchants » comme les pipes au stand de tir de la fête foraine. C’est vraiment dommage après un début si séduisant. A moins qu’une arrière-pensée parodique ne soit la clef de ce film ? L’incroyable plan de fin où, après tant de journées dramatiques et ensanglantées, le héros regagne enfin le lit conjugal, de nuit et sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller sa femme, laisse grande ouverte la possibilité de cette hypothèse. A vous de juger.