Zouzou

Film français de Blandine Lenoir

Avec Olivier Broche, Laure Calamy, Jeanne Ferron, Nanou Garcia, Sarah Grappin, Florence Muller, Philippe Rebbot, Anouk Delbart, Antoine Bechon, Lila Redouane





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 24-12-2014

Durée: 1h25

 

Appelons un chat un chat !

Blandine Lenoir a débuté comme actrice à quinze ans dans Carne (1991) du sulfureux Gaspar Noe où elle interprétait la fille du boucher. Pareil parrainage ne pouvait orienter sa caméra que vers des films hors normes. Passionnée de cinéma, elle envisageait d’être réalisatrice plutôt que comédienne et réalisa son premier court-métrage Avec Marinette en 1999, suivi de quelques autres jusqu’à Monsieur l’Abbé qui fut sélectionné pour les César en 2011. Ce dernier traitait de la sexualité chez les catholiques pratiquants, évoquant les tourments qu’ils éprouvaient dans leurs vies de couple en obéissant aux prescriptions sévères de l’Eglise. Le film était composé d’une série de gros plans d’hommes et de femmes qui se succédaient devant la caméra en nous communiquant le contenu de la lettre qu’ils adressaient à l’abbé Viollet, connu pour la publication, dans les années trente et quarante, d’une revue destinée à éclairer les ouailles sur la contraception et autres problèmes dus à la sexualité. Avec l’austérité bressonienne apparente de la réalisation, le film secrétait un humour évident que l’actuelle évolution des moeurs ne peut que souligner.

Continuant sa chevauchée pour un féminisme épanoui et l’égalité des droits, Blandine Lenoir nous offre à présent son premier long-métrage, Zouzou, une joyeuse comédie champêtre qui réunit autour d’une mère sexagénaire et veuve, ses trois filles et leurs enfants. Raison de cette réunion ? Bonne maman veut leur annoncer qu’elle est tombée amoureuse d’un voisin qu’elle souhaite leur présenter. C’est le jour que choisit Zouzou, une de ses petites-filles, 14 ans, pour faire une fugue avec un copain de 15 ans, Théo. Cette folle journée va être l’occasion d’une remise en question générale sur la condition féminine, selon l’âge des intéressées. C’est là que réside la première qualité de ce scénario : prendre à contre-pied les schémas classiques en les inversant. Les trois soeurs sont choquées de voir leur mère et une préado amoureuses alors qu’elles ne le sont plus. Il faut dire (film militant oblige) que les trois mâles impliqués dans cette histoire sont à la limite de la caricature : le « fiancé » de la grand-mère est tellement transparent qu’on l’appelle Jean-Pierre, Jean-Louis, Jean-Jacques, mais jamais Jean-Claude, son vrai prénom. Il est vrai qu’il est interprété par Olivier Broche, le fils martyr des Deschiens et qu’il lui en reste quelque chose. Fredo, un « ex » inconsolable d’Agathe - la soeur aînée - est le père de Théo le fugueur, mais se conduit maladroitement en jouant les « machos » à contretemps, rôle évidemment sur mesure pour le déjanté Philippe Rebbot. Quant au jeune Théo, incapable de passer à l’acte dans la meule de foin qui les accueille , il doit se faire consoler par l’indulgente Zouzou.

Comme on le voit, la version féministe de la relation de couple ne met guère l’homme sur un piédestal. Cette tendance militante est excellemment incarnée par Laure Calamy dans le rôle de Lucie, la pétulante soeur célibataire du trio, qui est institutrice et donne des cours d’éducation sexuelle aux CM2 - et surtout à sa famille - en glorifiant avec lyrisme les organes génitaux de la femme. Elle se vante d’enchaîner les liaisons torrides mais est secrètement jalouse de sa petite soeur Marie, la plus discrète, celle qui semble avoir réussi une vie de famille modèle avec ses trois enfants et un mari (qu’elle n’aime plus). Voilà, tous les personnages sont en place, parfaitement interprétés par une troupe d’excellents comédiens : la recherche de Zouzou peut commencer. Participez-y !