Amours Cannibales
CANIBAL

Film espagnol de Manuel Martin Cuenca

Avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte, Maria Alfonsa Rosso, Florin Fildan, Manolo Solo, Delphine Tempels, Gregory Bossard


CINESPANA : Meilleur Acteur, Meilleur Scénario / Sélection officielle aux Festivals de Toronto et San Sebastien


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 17-12-2014

Durée: 1h56

 

Spanish Mac Do !

Depuis ses origines, tel une avide tête chercheuse, le cinéma s’enhardit chaque année vers de nouveaux territoires à la découverte de vices variés, de sexualité déviante, d’instincts meurtriers exceptionnels ou de créatures monstrueuses semant la terreur : Frankenstein, Scarface, Dracula ou le Dr Jekyll se sont succédé sur les écrans des cinéma de quartier, devant un public mi-rigolard, mi-paniqué. De nos jours, certains de ces films, progressant dans la hardiesse, sont sélectionnés dans les festivals internationaux, soutenus par une Critique admirative. Cependant, dans cette catégorie de héros très spéciaux, le cannibalisme n’était guère représenté. C’est désormais chose faite.

Mais, pas de confusion : Amours cannibales, de Manuel Martin Cuenca, est un film vraiment remarquable car il attaque ce sujet de front, sans susciter ni terreur ni ricanements, tout en alimentant un profond malaise permanent. Le personnage principal n’est pas présenté comme un monstre qui va nous donner des cauchemars lorsque tombe la nuit, mais comme un tailleur de bonne réputation, à la clientèle fidèle, qui exerce son art à Saragosse, de nos jours. Et lorsque ce célibataire endurci va préparer son déjeuner et qu’on découvre dans le congélateur les petits paquets de viande bien rangés - dont on connaît l’origine - il y a un incontestable malaise, mais également une sorte de gag morbide qui ne doit rien aux grimaces de Nosferatu.

Il serait malhonnête de résumer un scénario aussi remarquablement agencé tant l’intérêt réside dans la découverte de ses développements successifs. Le réalisateur de ce film insolite, Manuel Martin Cuenca, enseigne dans de nombreuses écoles de cinéma et il a demandé à un de ses anciens élèves, Alejandro Hernandez Diaz, d’être pour la quatrième fois son co-scénariste. Leurs talents conjugués nous permettent de suivre ce récit horrifique en maintenant une certaine empathie pour ce personnage exceptionnel, alors que nous n’en éprouvions aucune pour Hannibal Lecter. Le mérite en revient à Antonio de la Torre qui interprète ce rôle, pour le moins délicat, avec une sobriété et une discrétion que Manuel Martin Cuenca maintient en permanence, écartant tout ce qui pourrait plonger dans le "gore" les péripéties d’un scénario si ambigu. Il partage la distribution avec Olimpia Melinte, brillante jeune actrice roumaine, qui joue le rôle des deux soeurs venues successivement troubler le célibat de ce tailleur réputé. Et, pour une fois, la conclusion de ce film est à la hauteur des promesses de son ouverture, cas assez rare pour être souligné. Allez donc déguster ces Amours cannibales. Miam…