Mary Queen of Scots

Film suisse de Thomas Imbach
Inspiré du

Avec Camille Rutherford, Mehdi Dehbi, Sean Biggerstaff, Aneurin Barnard, Edward Hogg, Tony Curran, Bruno Todeschini, Roxane Duran, Joana Preiss, Gaïa Weiss, Stephen Eicher


Sélectionné aux Festivals de Locarno,Toronto, Glasgow, Portland,Bydgoszcz


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-11-2014

Durée: 2 h.

 

Born loseuse

Le destin de la reine Marie Stuart est profondément tragique, d’où l’intérêt qu’il a présenté aux yeux de différents auteurs, dont Stefan Zweig l’inspirateur de ce scénario, tous fascinés par une telle succession de malheurs : après avoir perdu trois maris et trois royaumes, Marie finira par perdre sa tête sur l’échafaud. Exceptionnellement, on peut résumer l’histoire sans nuire au film puisque, comme pour Jeanne d’Arc, on en connaît la fin et qu’une petite piqûre de rappel pour nous rafraîchir la mémoire est peut-être nécessaire afin d’éclairer cette période lointaine où elle s’est déroulée.

Quelques jours après sa naissance, en 1542, Marie devient Reine d’Ecosse à la mort de son père et peut prétendre à la couronne d’Angleterre en tant qu’arrière petite-fille du roi Henri VII. Pour tenter d’écarter ce danger, le roi Henri Vlll la fiance à son fils Edouard mais la mère de Marie et les Lords écossais s’opposent à ce projet. Agée de six ans, la petite fille va alors émigrer en France, pays catholique, afin d’épouser plus tard François, le Dauphin, et devenir ainsi reine de France. C’est chose faite en 1559 : elle a alors 17 ans.

Simultanément, sa cousine Elisabeth, reine protestante, prend le pouvoir à Londres. Elle tente, sans succès, de faire renoncer Marie à la couronne anglaise. Mais, en mourant prématurément, François prive ainsi son épouse du trône de France. Marie rembarque et revient en Ecosse dont elle est toujours la reine, constituant ainsi une menace grandissante pour l’Angleterre. Contrairement à sa rivale Elisabeth surnommée « the Virgin Queen », la vie amoureuse de Marie, ponctuée d’amants, de maris, de naissances et d’assassinats finit par lasser les Lords écossais qui décident de chasser cette souveraine trop libertine. Etrangement, celle-ci va chercher refuge… chez sa cousine Elisabeth qui la fait enfermer durant dix-neuf ans. Soupçonnée (à tort ?) d’être à l’origine d’un complot contre la souveraine, Marie est décapitée en 1587 sans la présence de sa cousine : ces deux femmes ne se seront donc jamais rencontrées, d’où l’absence totale d’Elizabeth dans ce scénario sur la vie de Marie.

Cette exceptionnel parcours a inspiré le cinéaste suisse Thomas Imbach qui a trouvé en Camille Rutherford une Marie pleine de grâce - et de fougue - qui emporte cette histoire de bout en bout, à pied, à cheval ou en carrosse. Actrice franco-anglaise, elle maîtrise les deux langues comme l'exige son rôle. Plus influencé par Tarkovski que par Tarantino, Thomas Imbach, réalisateur peu conventionnel et doté d’humour, a finalement abandonné sa première idée de transposer l’histoire dans le monde moderne afin d’être sûr d’éviter les téléphones mobiles et les autos, ce qui constitue un exploit de nos jours dans le cinéma contemporain. Il a donc conçu sa réalisation comme si la caméra avait existé au XVIe siècle, favorisant la lumière naturelle, la prise de vues à la main, se passant du lourd matériel habituel (grues, travelling, etc.) qui caractérise en général les « grosses » productions historiques, et le résultat donne un film brillant, nerveux et rythmé, aux antipodes des classiques hollywoodiens qui l’ont précédé. Parmi les autres hardiesses de Thomas Imbach citons l’utilisation de la musique. Ecartant les sonneries et fanfares royales habituelles, sa première intention était d’utiliser des thèmes de Miles Davis jusqu’à ce qu’il découvre, par hasard, l’existence de madame Sofia Goubaïdoulina, compositrice de plus de 80 ans, qui l’autorisa à chercher dans son oeuvre des musiques qui lui conviendraient. La riche bande sonore du film doit beaucoup à l'apport des sonorités neuves d’une vieille dame peu connue.

L’histoire tragique de ces deux reines rivales a, finalement, peu inspiré les cinéastes : trois ou quatre films pour chacune d’elles, ce qui est loin d’atteindre le score de Marie-Antoinette, le record absolu revenant à notre malheureuse Jeanne d’Arc. Mary Queen of Scots est la preuve qu’il est possible, avec du talent, de faire parfois un film historique passionnant sans nous donner l’impression qu’il a été tourné au Musée Grévin.