' 71

Film anglais de Yann Demange

Avec Jack O Connell, Sean Harris, Lewis Paul Anderson, Charlie Murphy, Sam Reid, Killian Scott, David Wilmot


Sélection aux Festivals de Berlin, Beaune et Dinard


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 05-11-2014

Durée: 1h39

 

En un combat douteux

D’origine française, mais élevé à Londres, Yann Demange est un réalisateur de télévision apprécié outre Manche. Pour son premier long métrage destiné au cinéma, il a choisi un sujet délicat qui se déroule dans les années 70, durant les affrontements sanglants qui opposèrent l’Irlande du Nord à l’Angleterre.

Etant né après l’apaisement (relatif) de ce conflit, il n’apporte pas de témoignage personnel sur les origines de cet affrontement, mais il cherche à souligner que l’horreur des guerres civiles issues de raisons religieuses n’est pas, malheureusement, une exclusivité du seul Moyen-Orient. Quelques oeuvres majeures ont été déjà consacrées à cette période funeste pour la Grande-Bretagne et l’Irlande, parmi lesquelles citons Bloody Sunday de Paul Greengrass (2002), Le Vent se lève de Ken Loach (2006) ou Hunger de Steve Mc Queen (2008). Pour son premier film, Yann Demange n’a donc pas choisi un sujet facile.

Le prologue de ’ 71 est remarquable par son rythme et sa vivacité : après un entraînement intensif, digne du corps des U.S. Marines, une section de jeunes soldats anglais est envoyée en Irlande du Nord, destination qui leur paraît moins inquiétante qu’une terre lointaine. Dès son arrivée, la petite troupe part en patrouille dans un quartier difficile de Belfast, tenu par l’IRA catholique. Les rues sont désertes, la ville semble morte mais, rapidement, des pierres et des injures accueillent les Brits décontenancés par cet accueil qui vire rapidement à l’émeute. Les troufions apeurés tentent de regagner leur camion lorsque soudain un coup de feu tue l’un d’entre eux. Incapable de contenir cette violence et prise de panique, la section regagne le camion qui démarre, abandonnant le cadavre et son voisin, le soldat Gary, qui se retrouve isolé dans ce quartier déchaîné. Il parvient à se cacher dans un jardinet jusqu’à la tombée de la nuit. Le calme semblant rétabli, il ose sortir de sa cachette et part affronter les multiples périls que lui réserve cette ville hostile et inconnue…

Après une longue introduction aussi remarquable par la crédibilité des situations et des comportements, on s’étonne de voir Yann Demange écarter progressivement ces atouts dans la suite de la narration, abandonner le réalisme angoissant de ces affrontements entre un peuple exaspéré et ces soldats paniqués par le baptême du feu, pour basculer progressivement vers les conventions éculées du thriller classique dans lequel le héros est forcément invulnérable. Que le fragile Gary se transforme en un super héros, modèle Bruce Willis british, c’est vraiment too much et cela enlève beaucoup de crédibilité à un scénario qui sonnait si juste jusqu’alors. C’est d’autant plus regrettable qu’un point positif a échappé heureusement à cette déviation : le combat sans merci que se livre ces ennemis héréditaires ne se déroule pas entre « les bons et les méchants » habituels, laissant le spectateur dans l’incapacité de choisir son camp, comme souvent dans la « vraie » vie. Donc, malgré cette réserve, ce premier film est riche de réelles promesses et nous espérons voir Yann Demange maintenir fermement le cap initial pour le prochain.