HERITAGE FIGHT

Film français de Eugénie Dumont

Avec Film documentaire





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-10-2014

Durée: 1h30

 

Larzac austral

Eugénie Dumont est une jeune directrice de la photo, également réalisatrice de documentaires souvent sélectionnés dans de nombreux festivals. Intriguée et séduite depuis longtemps par l’exception culturelle que constituent les Aborigènes qui tentent de maintenir leurs traditions millénaires au sein de la population blanche, elle s’est rendue en Australie et, après 40000 Kms et plusieurs mois de repérages dans cet immense continent, a fixé son choix sur le clan des Goolarabooloo qui cohabite avec les Blancs dans la ville de Broome, sur la côte ouest du pays, là où le grand désert de sable rencontre l’océan Indien et où la Société WOODSIDE projetait d’édifier la plus grande usine à gaz de la planète.

A première vue, le choix d’un tel site paraît justifié : un territoire grand comme la France, abritant une population extrêmement réduite et doté d’un riche sous-sol, tout semblait réuni pour qu’un ambitieux projet industriel voit le jour, d’autant que les impressionnantes images de la région que nous montre Eugénie Dumont évoquent plus les paysages de la planète Mars que la Côte d’Azur, le tourisme balnéaire semblant encore peu développé. L’attachement imprévu des Goolarabooloo pour ce territoire ancestral a surpris le Gouvernement, alors que les premiers travaux de terrassement étaient déjà bien entamés. En majorité, les Blancs de la région étaient également hostiles à l’implantation de ce site industriel gigantesque et les deux communautés réunies entamèrent une résistance passive durant plusieurs années jusqu’à ce que le Gouvernement cède, à la surprise générale, et abandonne l’édification de ce projet de 45 milliards de dollars. C’est cette résistance victorieuse que raconte Heritage Fight.

Eugénie Dumont avait 23 ans lorsqu’elle est entrée progressivement en relation avec cette population dont elle a découvert et apprécié la culture et les moeurs. Elle pensait filmer un récit « à la Flaherty », plein de poésie et de lyrisme sur ces paisibles pêcheurs attachés à leurs traditions ancestrales depuis des siècles, mais la réalité l’a fait basculer vers le film militant et sa caméra est devenue le témoin d’une révolte profonde et tenace. Certains pourront juger que, comparés à la violence des manifestations et des guerres dans nos régions, les affrontements que nous montre Heritage Fight semblent parfois bien paisibles, avec ces rassemblements qui se succèdent dans des prairies ensoleillées où la police débarque sous les invectives de la foule puis finit, avec un flegme tout britannique, par dresser des contraventions qu’elle distribue aux contrevenants comme s’il s’agissait d’un dépassement de stationnement ! Mais ce "happy ending" inespéré pour cette foule de David militante qui a triomphé ainsi de ce redoutable Goliath ne peut que nous réjouir : nous sommes si peu habitués à de tels miracles. Cette sagesse rarissime est peut-être due au fait que les Australiens vivent la tête en bas ? II serait temps pour nous de vérifier cette hypothèse…