K-19 : le piège des profondeurs
K-19 : the Widowmaker

Film américain de Kathryn Bigelow

Avec Harrison Ford, Liam Neeson





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 18-09-2002

Durée: 2h18

 

Profondeurs équivoques

K-19 est le septième film de Kathryn Bigelow, réalisatrice hollywoodienne pour le moins originale. Après l'étrange Point Break, le glauque Strange Days et l'ambitieux - mais réussi - Poids de l'eau, elle change complètement de registre, en s'attaquant à la reconstitution d'un fait réel survenu au plus fort de la Guerre Froide…

18 juin 1961 : en dépit de défaillances techniques importantes, le K-19, premier sous-marin nucléaire russe, est lancé. Alexei Vostrikov (Harrison Ford) est appelé à en assurer le commandement, le capitaine Mikhaïl Polenin (Liam Neeson) ayant été relevé de ses fonctions. Après le lancement réussi d'un missile, Vostrikov reçoit l'ordre de se poster à 400 kilomètres de Washington et de la base de l'OTAN. Mais, le 4 juillet, une fuite se déclare dans le système de refroidissement. Pour éviter l'explosion du réacteur et, par conséquent, une probable Troisième guerre mondiale, quelques marins doivent pénétrer à l'intérieur du compartiment, hautement radioactif, pour le réparer.

En s'appuyant sur cette histoire vraie, Kathryn Bigelow réalise un énième film de sous-marin, mais différent de tous ceux qu'on a pu voir auparavant.

Vous me direz sûrement : qu'est-ce qu'on peut attendre de nouveau, après les plus ou moins réussis Das Boat (Le bateau), A la poursuite d'Octobre Rouge, USS Alabama ou encore U-571 ?

Rien apparemment, sauf qu’ici, il n’y a pas d’ennemis extérieurs : la menace vient de l’intérieur. L’occasion pour la réalisatrice de créer en quelque sorte un nouveau genre : un film à mi-chemin entre le film de guerre (froide), le film de sous-marin et surtout le film catastrophe !

Ici, pas de manœuvres à deux cent à l’heure pour éviter une torpille, pas de signaux radar suspects et pas de lancement de contre-mesures ; K. Bigelow arrive pourtant à nous captiver pendant 2h18. Avec un magistral sens du rythme et des scènes de simulation (haletantes) tournées caméra à l’épaule, elle instaure une atmosphère tendue, lourde et un certain suspense. Le tour de force de la réalisatrice consiste à faire apprécier un film d’action, alors même qu’il n’y a pour ainsi dire pas d’action réelle !

Mais K-19 n’est pas un film de guerre à proprement parler, plutôt un hommage à ces quelques russes, qui sont morts pour nous éviter un troisième conflit mondial. En soulignant (soi-disant) leur courage et leur sacrifice, K. Bigelow semble exprimer, sur cette période de tensions extrêmes, un point de vue soviétique. Etrange paradoxe, pour une réalisatrice hollywoodienne, que cette volonté d’exalter la bravoure russe pendant la Guerre Froide ! D’autant qu’une ambiguïté persiste pendant tout le film. En effet, derrière le propos qui se déclare ouvertement pro-russe, on a du mal à penser qu’il n’y a pas une critique du régime communiste de l’époque. Que voit-on exactement ? Un sous-marin complètement défaillant lancé malgré tout par les dirigeants de Moscou qui va entraîner la mort d’une vingtaine de marins : manière de dire que les Russes étaient incompétents (surtout au sommet) et qu’ils n’étaient pas fichus de fabriquer un sous-marin correct alors que les Etats-Unis en avaient déjà plusieurs… On nous montre également (caricature hollywoodienne) des hommes aveuglés par leur idéologie et leur honneur qui préfèrent se faire tuer et laisser sombrer le sous-marin plutôt que d’accepter l’aide des Américains : autre manière de souligner la suprématie des Etats-Unis à l’époque !

K-19 est donc un bon film (à la frontière entre plusieurs genres), bien mis en scène, interprété honorablement (même si on a du mal à croire que H. Ford et L. Neeson sont russes !), mais très équivoque sur le fond… Alors, hommage véritable ou critique virulente ? Le débat est ouvert…