MAESTRO

Film français de Léa Fazer

Avec Pio Marmai, Michael Lonsdale, Deborah François, Dominique Reymond, Alice Belaïd, Nicolas Bridet,





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 23-07-2014

Durée: 1h25

 

Film Posthume

Jocelyn Quivrin, jeune acteur au début d’une carrière prometteuse, s’est vu proposé un rôle dans Les Amours d’Astrée et de Céladon que réalisa Eric Rohmer en 2007. Il accepta cette offre totalement située aux antipodes de ses goûts - qui le portaient plutôt vers le cinéma d’action - « par curiosité ». Celle-ci fut tellement satisfaite qu’il se promit d’en faire un film dans lequel il décrirait son évolution d’acteur au contact d’un Maestro intellectuel et vieillissant : il demanda à Léa Fazer - réalisatrice d’origine suisse avec qui il déjà avait tourné Notre Univers Impitoyable - de l’aider à rédiger ce projet de scénario. Tentée par le sujet, elle accepta et lorsqu’elle eût achevé la première version dialoguée, elle lui laissa un message sur son répondeur. Jocelyn ne l’entendit jamais car il venait de se tuer au volant de sa voiture de sport dans le tunnel de Saint-Cloud, le 15 novembre 2009.

Le temps a passé et Léa Fazer, qui avait trouvé en Jocelyn Quivrin plus qu’un comédien occasionnel, décida de faire aboutir, malgré tout, leur projet. Elle se remet au travail, séduit des producteurs fidèles et c’est ainsi qu’Eric Rohmer va devenir "Cedric Rovère", incarné par un Michaël Lonsdale plus vrai que le modèle. Jocelyn (rebaptisé "Henri") observe cet étrange tournage - comparé aux productions habituelles – et tombe amoureux de Gloria qui interprète Astrée. Maestro fait penser à un making of détaillé des Amours d’Astrée et de Céladon, décrivant la mise en place flottante des scènes, les incertitudes du Maître, les petits problèmes pratiques des techniciens et les gros problèmes amoureux des comédiens… Mais être rohmerophile n’empêchera pas Léa Fazer d’emprunter à Jocelyn son regard malicieux et ses ricanements sur les méthodes et les tocades inattendues de ce réalisateur atypique. Mais, cahin-caha, le terme de cette aventure arrive et un chaleureux repas de fin de film précède le retour à la vie « normale » de ces intermittents du spectacle, réunis le temps d’un film.

On peut seulement regretter que, après cette scène qui semble l’aboutissement de cette aventure poético-humoristique, la réalisatrice prolonge l’histoire pour tenter de conclure Les amours contrariées de Henri et de Gloria dans un épilogue longuet et peu inspiré qui nous amène jusqu’à la Biennale de Venise où le film est présenté en compétition. Là, Jocelyn/Henri en découvrira enfin les qualités, sentiment que ne partagera guère le Jury du Festival 2007. Mais, malgré cette réserve, on ne peut qu’être ému par les conditions exceptionnelles qui ont permis l’aboutissement d’un tel projet, fruit d’une collaboration fidèle que même la mort n’a pu interrompre.