Bird People

Film français de Pascale Ferran

Avec Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Camelia Jordana, Taklyt Vongdara, Radha Mitchell, Geoffroy Cantor, Clark Johnson


Sélection Un Certain Regard Cannes 2014


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-06-2014

Durée: 2h08

 

Godzilla vs Bird People

Comment comparer deux films aussi différents que Godzilla et Bird People sinon en s’appuyant sur ce qui les rapproche : les possibilités illimitées des effets spéciaux actuels. Ceux de Gozilla ont pris naissance dès le King Kong de 1933 qui reste l’ancêtre poétique de ces diverses créatures gigantesques qui viennent semer la panique dans les mégapoles du monde « civilisé ». Bien entendu, depuis Georges Méliès, le cinématographe s’est approprié les étonnantes capacités de trucage que lui seul pouvait offrir : grâce à la magie de la caméra, l’homme était désormais capable de devenir un géant qui visite les Lilliputiens, d’être invisible dans un décor où il déplace miraculeusement des objets ou même de voler comme un oiseau, sans piloter un aéroplane…

60 ans après sa première apparition dans le film japonais de Ishirô Honda, Godzilla revient aujourd’hui après une trentaine de remakes mais - XXIe siècle oblige - nous entrons dans la catégorie XXXL. Cette créature monstrueuse, issue des profondeurs de l’océan, va affronter deux heures durant un couple de sauterelles king size qu’un accident dans une centrale atomique a fait éclore et « qui ne pense qu’à ça » : se reproduire ! Pour être honnête, précisons que ce règlement de comptes attendu n’intervient que dans la dernière heure, la première étant consacrée à la totale impuissance des humains à juguler cette catastrophe qu’ils ont déclenchée. Le message est clair : d’Hiroshima à Fukushima, l’humanité court à sa perte et seul le brave Godzilla (Dieu ?), émergeant des abysses, parviendra peut-être à vaincre les monstres que l’accident atomique a ressuscités avant de replonger dans l’océan primordial. Précisons que Gareth Edwards, jeune et brillant réalisateur britannique, n’a pas lésiné sur les dommages collatéraux et qu’il laisse San Francisco dans l’état d’un ground zero gigantesque. Par contre, il s’est nettement moins intéressé aux pâles péripéties répétitives que traverse l’ingénieur responsable de la centrale accidentée et sa famille, mais le public qui n’est pas venu pour eux est largement servi en matière de combats monstrueux et d’effets sonores déchirants.

Quel rapport avec Bird People ? Aucun, sinon l’intervention des effets spéciaux bien entendu, et là réapparaît un autre serpent de mer : la fameuse exception culturelle. Avec les mêmes outils et le même acharnement pour réaliser l’irréalisable, Pascale Ferran anime… un moineau ! Ce volatile qui, lui aussi, intervient tard dans le récit, est le discret témoignage de la virtuosité des équipes françaises en matière de trucages numériques. Aux antipodes des monstres colossaux qui ravagent le Japon puis la Californie, il volète au milieu des Boeings et des Airbus qui manoeuvrent dans le décor futuriste de Roissy. C’est tout ? Oui, mais c’est éblouissant, car mettre en scène un moineau pour qu’il exécute des trajets demandés dans un plan séquence relève du tour de magie. Je n’en dirai pas plus pour laisser la surprise de la découverte au public, selon le souhait légitime des auteurs. Mais, comme pour Godzilla, on est étonné par la minceur de ce scénario qui s’étire sur plus de deux heures lui aussi. Dommage, car on a connu Pascale Ferran mieux inspirée. Je suggère tout de même de bien regarder l’affiche du film, car c’est le seul endroit où sont réunis les deux acteurs principaux, Anaïs Demoustier et Josh Charles, exception faite du plan final où ils vont… (chut !)