Night Moves

Film américain de Kelly Reichardt

 

Durée: 1 h 47

 

Terrorisme puéril

Night Moves est le cinquième long métrage de Kelly Reichardt. Née en Floride, elle s’intéresse toute jeune à la photo en empruntant l’appareil de son père, officier de police chargé de photographier les « scènes de crime ». Après ses études à Boston, elle réalise son premier long métrage, River of Grass, en 1994. Remarquée au Festival de Sundance pour Old Joy, en 2006, elle poursuit sa carrière en choisissant des films mettant en scène des personnages souvent marginaux, vivant dans des provinces reculées. On retrouve ces éléments dans Night Moves qui relate la tentative de sabotage d’un trio de jeunes écolos qui veulent faire sauter un barrage qui irrigue, entre autres, un terrain de golf où se prélassent de riches oisifs, alors que les fermiers alentour souffrent du manque d’eau. On imagine aussitôt que la réussite d’un pareil projet, quelle que soit son apparente générosité, déclencherait une inondation aux conséquences dramatiques. Cette catastrophe prévisible n’effleure guère notre trio écolo.

Kelly Reichardt s’intéresse à la minutieuse préparation de cet attentat financé par Dena, pauvre petite fille riche entichée d’écologie, soutenue par Josh qui travaille dans une ferme de la région et Harmon, un ex-marine cerveau de l’opération. Il s’agit de se procurer discrètement des explosifs, de les charger sur un bateau - qu’il faudra amarrer contre le barrage - et de déclencher l’explosion à distance. Toute cette ouverture du récit est remarquable par la façon dont ces saboteurs amateurs affrontent les difficultés qu’ils rencontrent pour mettre au point leur projet. Comme on ne peut imaginer la réussite de cette folle entreprise, le spectateur attend le grain de sable qui va enrayer cette machine à détruire.

Mais l’attentat réussit et la crédibilité du scénario se noie dans les flots libérés lorsque le trio apprend qu’un seul campeur a été tué par ce déluge alors qu’on imagine que des dizaines de morts et des centaines d’hectares devraient être engloutis par le déversement du lac artificiel. Cette unique victime plonge ce trio de crétins dans une affliction et des remords tardifs qui vont dynamiter leur association, chacun craignant que l’autre aille se dénoncer. Harmon disparaît dans la nature, la mauvaise conscience va tarauder Dena et Josh trouve un job chez Leroy-Merlin (Oregon)… The End.

Night Moves a remporté le Grand Prix du Festival de Deauville. Il est vrai que cette manifestation étant consacrée au seul cinéma américain, elle n’établit guère le classement qu’offre une compétition internationale.