MICHAEL HANEKE profession Réalisateur

Film français de Yves Montmayeur

Avec Michael Haneke





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-05-2014

Durée: 1h32

 

Michael's video

Profession Réalisateur ? On pourrait aussi préciser : Profession Auteur et Réalisateur car, en deux décennies, Michael Haneke a été le scénariste des dix longs-métrages qu’il a réalisé, à l’exception de La Pianiste inspiré du roman de Elfriede Jelinek. Il entre ainsi dans le club très restreint des cinéastes totalement responsables des films qu’ils présentent. Critique, puis documentariste spécialisé dans les sujets concernant le cinéma, Yves Montamayeur, après le choc ressenti à la vision du morbide Benny’s Vidéo (1992), a retrouvé Michael Haneke lors de la réalisation de son premier film en France – Code Inconnu (2000) – et obtint de lui l’autorisation d’assister aux prises de vues. A partir de ce moment, il commence à accumuler des documents sur les plateaux des films qui vont suivre (toujours à l’exception de La Pianiste), matériel destiné aux "making of" des films en cours de tournage, devenant ainsi le témoin privilégié de la méthode de travail de ce réalisateur particulièrement exigeant. On imagine la richesse de ce trésor accumulé durant une décennie.

Michael Haneke Profession Réalisateur ne suit pas la chronologie de sa carrière mais oppose, dès l’ouverture, le premier film, Benny’s Vidéo - d’une rare violence – au dernier, "Amour" – d’une grande tendresse - à partir desquels nous allons revoir l’ensemble de l’oeuvre de Haneke. La qualité de cette filmo-biographie doit beaucoup à la durée accordée aux extraits proposés, loin du montage type film-annonce que l’on pouvait redouter, et aux informations que nous donnent ces "making of" sur la personnalité de ce cinéaste au travail qui se révèle assez loin du sévère personnage pervers que ses films nous font craindre, alors qu’il semble plutôt détendu et même capable d’humour.

Pour les cinéphiles, un tel document est évidemment précieux et fait regretter qu’il n’existe pas davantage de portraits de cette qualité sur les grands cinéastes en action. Il peut sembler que 92 minutes excèdent la durée normale d’un film documentaire, mais lorsqu’on se retrouve devant des dizaines d’heures de prises de vues accumulées durant des années, dans tous les formats qui jalonnent sans cesse l’évolution des caméras et des caméscopes, (Beta SP, HD, DV, etc.), on mesure l’effort fourni au montage pour sélectionner et harmoniser ces éléments disparates afin d’obtenir le résultat cohérent que nous offre Yves Monmayeur. Et ce "work in progress" n’est pas seulement destiné aux fidèles de la Cinémathèque : il devrait également passionner le grand public.