May in the Summer

Film afghan de Cherien Dabis

Avec Cherien Dabis, Hiam Abbass, Bill Pullman, Alia Shawkat, Nadine Malouf, Ritu Sing Pande, Alexander Siddig





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-05-2014

Durée: 1h39

 

Jorrrrdania

Toujours déchirée entre les U.S.A. et le pays natal de sa famille, voici de retour à Amman l’intéressante Cherien Dabis dont nous avions déjà apprécié Amerrika en 2009. Nous retrouvons cette réalisatrice qui puise dans sa vie personnelle les éléments de sa propre histoire qu’elle transpose à l’écran avec un talent réel et original. Amerrika nous contait la difficile adaptation d’émigrants palestiniens vers les U.S.A., toujours soupçonnés d’être des terroristes en puissance, conséquence du traumatisme post 11 septembre. Pourtant l’héroïne de ce film, Mouna, accompagnée de son fils adolescent, est une bourgeoise palestinienne qui vient de réfugier chez sa soeur établie dans le Middle West depuis quinze ans avec son mari, médecin réputé dont la clientèle se raréfie depuis « les évènements ». Mouna, ex-banquière, trouve difficilement une place dans une pizza minable tandis que son fils essuie les quolibets racistes de la classe où il s’est inscrit. La grande qualité du film étant de parvenir à traiter cette situation mélodramatique avec un humour constant qui frise la comédie.

On retrouve ce ton alerte dans May in the Summer qui est une sorte de suite en « effet–miroir » du scénario précédent. Cette fois-ci, Cherien Dabis nous raconte le voyage de May, jeune Jordanienne née aux Etats-Unis qui retourne dans sa famille à Amman pour épouser son fiancé rencontré aux U.S.A., qui est également Jordanien et expatrié. May précède de quelques jours l’arrivée du promis retenu par ses affaires pour retrouver ses soeurs et sa mère afin de préparer la noce. « Et alors ? » penserez-vous : tout baigne, où est le grain de sable ? En fait, c’est plutôt un rocher : la maman est chrétienne et effondrée à l’idée que sa fille veuille épouser un musulman. May trouve plus de tolérance auprès de ses soeurs mais, avec les jours qui passent, elle sent bien que sa relation avec ce fiancé trop absent est en train de se lézarder sans même que le problème religieux n’intervienne. Le film nous raconte la lente évolution sentimentale de la jeune femme au contact du pays de ses origines.

Comme pour Amerrika, Cherien Dabis confirme son talent de réalisatrice et sa capacité de réunir une brillante distribution en tête de laquelle on retrouve Hiam Abbass qui fait une incursion réussie dans un registre qu’elle fréquente peu, la comédie, car ce scénario plutôt dramatique est traité avec la légèreté et l’humour qui caractérisaient déjà son premier film. Enfin, la véritable surprise est de découvrir Cherien Dabis dans le rôle principal, qu’elle incarne avec grâce et subtilité, alors que c’est sa première expérience d’actrice. L’ensemble de ces qualités réunies atténue heureusement quelques faiblesses de scénario comme ce personnage improbable de père divorcé, écartelé entre ses deux épouses, ses filles et les crises cardiaques qui interrompent ses parties de tennis, ou le poncif à la mode de la soeur cadette qui fait son "coming out", signe d’incontournable modernité dans le cahier des charges du cinéma actuel.