Conversation animée avec Noam Chomsky
Is the man who is tall happy ?

Film américain de Michel Gondry

Avec Noam Chomsky, Michel Gondry


Sélectionné au 64è Festival de Berlin


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-04-2014

Durée: 1h30

 

O.F.N.I.

Cet "Objet Filmé Non Identifiable" est évidemment dû à l’infatigable Michel Gondry, l’électron libre de la profession cinématographique. Entre deux longs métrages ambitieux et la gestion de ses "Fabriques de Films Amateurs" qui essaiment à travers le monde, il a trouvé le temps de fabriquer en artisan, image par image, à l’ancienne, avec une caméra Paillard 16mm, un long métrage consacré aux thèses de Noam Chomsky sur l’acquisition du langage. N’étant guère renseigné dans ce domaine, j’espérais tirer quelques lumières sur l’oeuvre de cet intellectuel renommé mais peu accessible aux non-spécialistes.

L’épine dorsale de ce documentaire est constituée d’une longue interview de Noam Chomsky par Michel Gondry dont il ne reste, pratiquement, que quelques images fugitives tirées du 16mm original, l’essentiel de l’entretien étant conservé, évidemment, dans la colonne sonore. On apprécie que ce réalisateur touche-à-tout, voulant échapper au ronron banal des émissions littéraires télévisées, ait cherché à illustrer les propos souvent abstraits de son interlocuteur par des images animées et humoristiques, espérant mettre ainsi sa pensée à notre portée. Avec la patience d’un moine miniaturiste du Moyen-Âge, il a donc illustré intégralement, vue à vue, l’exposé du linguiste avec des croquis et des schémas naïfs destinés à nous ouvrir les portes du "gai savoir". Je ne suis pas certain qu’il y soit totalement parvenu.

Ce crépitement ininterrompu d’images colorées finit par distraire notre attention du discours « sérieux » - quoique teinté d’humour - que nous propose Noam Chomsky en voix presque perpétuellement off. On peut regretter de ne pas le voir davantage, plein écran, exposer ses théories durant quelques instants, en échappant à l’incessant "cartoon" qui phagocyte son image. De plus, pour les non-anglophones, la lecture ininterrompue de ces abondants sous-titres est d’autant plus fatigante qu’ils s’inscrivent souvent en blanc sur des fonds blancs. Par contre, les anglophones moyens se rattraperont avec les interventions de Michel Gondry grâce à sa prononciation héritée du légendaire Maurice Chevalier dont il joue avec humour. On s’en veut d’émettre des réserves devant la somme effarante de travaux délicats et solitaires qui ont été nécessaires pour que nous puissions assister à cette "conversation animée". Il paraît évident qu’une diffusion par la télévision permettrait à un public plus large et compétent de profiter pleinement de cet entretien (avec des sous-titres orangés, si possible).