Melaza

Film afghan de Carlos Lechuga

Avec Yuliet Cruz, Armando Miguel Gomez, Lucho Gotti, Ana Gloria Buduén, Yaité Ruiz, Augusto Posso, Jorge Caballero, Felix Beaton, Carolina Màrquez


Sélectionnéet primé dans de nombreux Festivals


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-04-2014

Durée: 1h20

 

Quelle mélasse

La brise cubaine agite d’immenses champs de cannes à sucre abandonnés. Le village de Melaza, comme son nom l’indique, vivait de ces plantations et de l’industrie sucrière. Si « être dans la mélasse » signifie la même chose traduit en espagnol, ce titre illustre parfaitement l‘histoire que nous raconte le jeune réalisateur Carlos Lechuga pour son premier long métrage. Aujourd’hui, l’usine de traitement est arrêtée et les ouvriers qu’elle employait réduits au chômage, à l’exception de Monica mal payée pour surveiller les bâtiments abandonnés et entretenir des machines désormais inutiles. Ce site désert lui permet de retrouver son compagnon, Aldo, pour de furtives rencontres amoureuses qui se déroulent sur un matelas, à même le sol, dans le vaste atelier. On s’étonne : pourquoi ne pas le faire à la maison, même si elle est petite et occupée ? Parce qu’ils la louent dans la journée à des couples qui cherchent également un lieu pour de furtives rencontres amoureuses. Cette location illicite fait rentrer quelques pesos supplémentaires dans ce foyer bien démuni car Aldo, instituteur du village, entretient également la fillette de Monica et la grand-mère, handicapée, qui vend des beignets – faits maison - dans la rue. Cette famille vivote ainsi jusqu’à la nuit où la police débarque, surprend un couple illicite et inflige une lourde amende à Aldo pour « location non autorisée ». Pour faire face, Monica va désormais faire des ménages et Aldo finit par accepter de trafiquer dans le marché noir de la viande qui est puni de lourdes peines de prison.

De ces existences sans espoir, Carlos Lechuga parvient à extraire des possibilités d’humour et de dérision qui sont le sel inattendu de ce film. La vie quotidienne est rythmée par les informations lénitives et patriotiques d’une radio locale ou par des rassemblements festifs organisés par l’Etat où la population vient danser spontanément à défaut de se nourrir. Dans son programme éducatif, Aldo donne des cours de natation et on découvre que les enfants, à plat ventre sur des caisses, font les mouvements de la brasse dans un bassin sans eau, ancienne cuve destinée à recevoir la mélasse. Le temps passe et rien ne laisse espérer des jours meilleurs. Cette vie sans avenir n’évoque guère les films soviétiques de la grande époque où des paysans enthousiastes - et en contre-plongée - regardaient vers le futur glorieux qu’allait leur apporter la réforme agraire. Nous recevons peu de films cubains et la plupart d’entre eux dépeignent des conditions de vie désespérantes. Il est même surprenant que le gouvernement castriste, si sévère par ailleurs, tolère un tel esprit critique chez les cinéastes locaux diplômés par l’Ecole d’Etat. Mais il est évident que le marasme qui frappe la population cubaine est moins dû aux erreurs d’un communisme obsolète qu’à l’embargo qu’elle subit depuis l’avènement de Fidel Castro en 1959, quand les Etats-Unis se sont acharnés sur cette île trop proche de ses côtes pour supporter son alliance avec l’Union Soviétique. Depuis cette époque lointaine, le mur de Berlin est tombé et la guerre froide semble avoir pris fin. Mais Cuba reste toujours punie, quel que soit le Président américain : Démocrate ou Républicain, blanc ou noir…