47 Rônin

Film américain de Carl Rinsch

Avec Keanu Reeves, Hiroyuki Sanada, Tadanobu Asano, Rinko Kikuchi, Kô Shibasaki





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-04-2014

Durée: 1h59

 

Les (quarante) sept Samouraïs

Je ne suis guère amateur de ces mastodontes hollywoodiens destinés aux adolescents qui croient encore que le père Noël distribue des jouets et que le Captain America peut sauver la planète chaque mercredi. J’ai donc abordé 47 Rônin en m’attendant au pire. Agréable surprise, ce film spectacle, somptueux à tous les niveaux, est le premier long-métrage d’un nouveau venu, Carl Rinsch, formé essentiellement dans des spots publicitaires de prestige qui lui ont rapporté de nombreux prix et un sacré savoir-faire. Nous n’aurons pas la cruauté de comparer un film aussi abouti avec la nuée des « premiers longs » qui occupent nos écrans chaque semaine (avant d’atterrir sur les chaînes de télé pour lesquels ils ont été formatés) ou de l’autre nuée de jeux vidéo transformés en films 3D destinés aux salles de cinéma.

Cette histoire - légendaire au Japon - s’inspire du bannissement au début du 18ème siècle de 47 samouraïs à la suite de l’assassinat de leur maître par un chef de guerre félon. Devenus des Rônins- samouraïs sans maître – ils errent dans des provinces envahies de monstres et de sorcières et se voient contraints de recourir à l’aide de Kaï, un sang-mêlé qui n’appartient pas à leur noble caste et a, de plus, le toupet d‘être amoureux de la Princesse. Mais ce bâtard est doté de pouvoirs magiques exceptionnels et, avec son concours, les 47 Rônins vont tenter de retrouver leur rang perdu.

Il est intéressant de noter que la production hollywoodienne cherche à rendre hommage aujourd’hui à une identité nationale japonaise fondée sur le sens de l’honneur et le respect de traditions ancestrales, alors que les films de la dernière guerre présentaient ce peuple qui allait être décimé par la bombe atomique comme un ramassis de macaques aussi cruels que grimaçants (Le Pont de la rivière Kwai,Furyo, etc.). Les deux films que Clint Eastwood a consacrés à la bataille d’Iwo Jima a mis un terme à cette tendance et la fastueuse réalisation de 47 Rônin nous présente enfin des personnages, des lieux, des costumes, des palais qui relèvent d’un très haut niveau de civilisation. Le plus étonnant c’est qu’aucun plan n’a été tourné au Japon et que la réalisation s’est entièrement déroulée à Londres et à Budapest, recréant une vision idéalisée du pays où fleurissent les cerisiers. Autre surprise : à l’ère des fonds verts et des trucages invisibles, Carl Rinsch a tenu à ce que ce spectacle soit tourné « à l’ancienne » et que les foules réunies sur l’écran comportent réellement 900 figurants vêtus de 900 costumes fabriqués pour le film, sans faire appel à la duplication numérique. Mais l’image de synthèse prend sa revanche dans les extraordinaires combats que livre Kaï contre les animaux monstrueux ou les magiques apparitions de l’ensorcelante sorcière.

Ce récit épique est un classique connu de tous les Japonais. Habituellement, après les péripéties guerrières et sentimentales qui nourrissent ces histoires légendaires, le héros voit enfin ses voeux exaucés après avoir triomphé de tous les obstacles dressés sur sa route. Ce ne sera pas exactement le cas de Kaï : la très belle conclusion de cette épopée collective est nettement plus proche de la tragédie grecque que des cabrioles du Captain America.