DARK TOUCH

Film français de Marina De Van

Avec Missy Keating, Marcella Plunket, Padraic Delaney, Charlotte Flyvholm, Matthew Collins, Susie Power, Robert Donelly, Richard Dormer, Catherine Walker, Olga Wehrly, Mark Huberman, Claire Barrett, Art Parkinson, Ella Hayes, Laoise Murphy





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-03-2014

Durée: 1h30

 

Télékinéma

Remarquée par ses courts–métrages dès ses études à la FEMIS, primée dans de nombreux festivals et nominée aux César pour l’insolite La Promenade, Marina de Van fait une entrée remarquable dans le long-métrage avec Dans ma Peau, en 2002, sorte de confession sur son goût pour l’automutilation, voire le cannibalisme, dont la réalisatrice interprète le rôle principal. Le fort sentiment d’angoisse que distille ce premier film est décuplé par le fait qu’il se déroule de nos jours, dans des décors quotidiens avec des personnages apparemment normaux aux prises avec des soucis professionnels, et qu’il traite du masochisme comme d’une banalité dévoilée. Nous sommes loin des poncifs habituels qui submergent les films de vampires traditionnels : pas de châteaux hantés, ni de revenants, ni d’orages dans la nuit, etc.

Après ce coup d’éclat, Marina de Van alterne une activité d’actrice et de co-scénariste en travaillant sur des films de François Ozon ou Pascal Bonitzer, réalisateurs connus pour s’écarter également des chemins balisés de la production courante. En 2009, son deuxième film Ne te retourne pas est sélectionné (hors compétition) pour le Festival de Cannes. L’accueil critique est partagé, allant de la louange au sarcasme mais, là encore, l’étrangeté de la situation se développe dans un monde « normal » et reste l’atout essentiel de ce scénario ambigu.

De façon surprenante, Dark Touch abandonne aujourd’hui cette normalité, qui donnait la "de Van Touch" à ses thèmes pervers, pour collectionner les clichés écartés jusqu’à présent : nuit de tempête, maison isolée dans la forêt, grincements et bruits mystérieux qui terrifient une fillette de onze ans aux prises avec l’attaque violente des meubles et objets divers qui dévastent la demeure et tuent, finalement, ses parents. Des voisins charitables viennent recueillir l’orpheline mais le phénomène va se reproduire chez eux et ils vont connaître le même sort… C’est donc la fillette, dotée de pouvoirs "télékinésiques", qui est à l’origine de ces drames : de victime, elle passe au statut de coupable. On ne peut pas dire que cette découverte va alimenter notre capacité d’empathie à son égard. Quarante ans après L’Exorciste, sommet du cinéma « Hou, fais-moi peur ! », on s’étonne de voir le talent de Marina de Van se fourvoyer dans une telle direction, alors qu’elle a la capacité de nous angoisser sans les accessoires tapageurs du film "gore". Dark Touch est en langue anglaise car il a dû être réalisé en Irlande et en Suède, la commission de la DDASS ayant refusé d’agréer le scénario, ce qui étonne encore la réalisatrice.