Bethléem

Film israëlien de Yuval Adler

Avec Shadi Mari, Tsahi Halevi, Hitham Omari, Tarek Copti, Michael Shtemler, Hisham Suliman, George Iskandar, Yossi Eini, Efrat Shnap, Karem Shakur, Ibrahim Sakala


6 Ophirs du cinéma israélien


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-02-2014

Durée: 1h39

 

Sados machos

Bethléem est une tentative intéressante dans l’éventail des films inspirés par l’interminable conflit qui oppose l’état d’Israël à ses voisins. Scénarisé par le Palestinien Ali Waked, et réalisé par l’Israëlien Yuval Adler, l’histoire se propose d’échapper au manichéisme habituel qui menace ce genre de sujet. Difficile de distinguer les bons des méchants dans cet imbroglio sanglant où chaque personnage est mené par ce qu’il est difficile de ne pas nommer le fanatisme. Pour le spectateur européen, la confusion semble être le principal moteur de ce récit qui voit s’affronter non seulement Juifs et Arabes, mais également Arabes entre eux, le Hamas et le Fatah prétendant chacun représenter la Palestine occupée puisque c’est ainsi, malheureusement, que se présente la réalité politique dans cette région. Reconnaissons, par exemple, qu’il y a peu de pays où les adolescents, vêtus d’un gilet pare-balles, jouent à se tirer dessus à balles réelles, « pour voir ».

C’est dans cette confusion générale que le jeune Sanfur se fait manipuler par tous ces mouvements antagonistes : frère cadet d’Ibrahim qui est un authentique résistant - donc un terroriste selon Israël – il sert cependant d’indicateur à Razi, appartenant aux services secrets israéliens, en qui il croit avoir trouvé un substitut du père affectueux qui lui manque. Bethléem demande une grande vigilance au spectateur car les points de repère habituels sont peu apparents pour suivre le déroulement de ces péripéties déconcertantes. Dès l’ouverture du film, les sous-titres précisent "hébreu" ou "arabe" dans l’espoir de nous éclairer, mais cette bienveillance - qui s’avère inutile – est vite abandonnée heureusement. Quel que soit leur camp, tous ces personnages se ressemblent physiquement, se promènent avec un fusil-mitrailleur, se menacent en permanence et éructent un dialogue apoplectique d’où toute tendresse est exclue, normal puisque les femmes sont pratiquement absentes de cet affrontement général qui frôle parfois la caricature du machisme méditerranéen.

Mais tous ces éléments si éloignés de notre mode de vie ne parviennent pas à entamer les évidentes qualités de ce film, l’authenticité de tous ces acteurs non-professionnels (Tsahi Halevi excepté), la maîtrise d’une réalisation dynamique et, surtout, le courage de refuser la « fin heureuse » qui massacre tellement de scénarios talentueux. Pour toutes ces raisons, Bethléem est une exception très rare qui mérite d’être vue.