All is lost

Film américain de J.C. Chandor

Avec Robert Redford


Hors Compétition Cannes 2013 Prix du Jury Deauville 2013


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-12-2013

Durée: 1h46

 

Quelques hommes à la mer !

Robinson Crusoe, bien qu’incarnant la solitude du naufragé, a quand même eu une nombreuse descendance, ne serait-ce que l’équipage de la Bounty qui a été, involontairement, le créateur du concept du Club Med appelé à un grand succès. Mais on ne peut comparer le séjour paradisiaque de ces marins au sort effroyable d’un homme seul, abandonné en plein océan, sur une île ou sur une embarcation. Le cinéma a été souvent séduit par ce destin hors du commun et, depuis quelques années, on a pu voir entre autres Jacques Perrin (Les Quarantièmes Rugissants), Tom Hanks (Seul au Monde), Suraj Sharma et son tigre sur fond vert (L’Odyssée de Pi) ou François Cluzet (En Solitaire).

« Enfin, Redford vint… » Précédé de sa réputation méritée d’écolo hors du système, le fondateur du Sundance Festival défend depuis trente ans un cinéma créatif et indépendant des normes hollywoodiennes. Le projet de film du jeune J.C.Chandor - auteur du remarquable Margin Call présenté à Sundance en 2011 – le séduit et il accepte courageusement, à 77 ans, d’incarner ce naufragé poursuivi par le poisse durant 1h 46. Surtout que, contrairement aux exemples précédents, All is lost se singularise par l’absence totale de dialogues, à l’exception d’un unique « fuck » murmuré « lorsque trop c’est trop…» Autre singularité, le film est précédé d’une réputation de vraie réalité ne devant rien aux effets spéciaux numériques qui proposent désormais des trucages parfaits tuant l’émotion ou l’angoisse qui devraient naître de la situation (un tigre dans une chaloupe, et quoi encore ?) Bref, les qualités du cinéma « à l’ancienne » seraient au rendez-vous. Nous suivons donc patiemment les péripéties qu’affronte ce navigateur bricoleur dans une spirale désespérante, mais il faut avouer que le flegme permanent qu’affiche Robert Redford devant ces catastrophes successives finit par faire naître un doute affreux : serait-il une image de synthèse ?

Pour alimenter ce trouble, le générique de fin commence à se dérouler interminablement et on découvre que, pour filmer un homme seul sur une petite embarcation, des dizaines (centaines ?) de noms défilent. Au passage, on découvre qu’il y a même des monteurs paroles (pour un unique « fuck !») et surtout une armée de techniciens pour les inévitables effets spéciaux invisibles. Je suis ravi que toutes ces équipes aient pu démontrer leur évident savoir-faire, mais dans l’affrontement Hollywood vs Sundance, pour une fois ce n’est pas la tendance Sundance qui semble l’emporter.