Blank City
Blank City

Film américain de Céline Danhier

Avec Jim Jarmush, Debbie Harry, Vincent Gallo, Andy Warhol, Basquiat, Steve Buscemi, John Waters, Fab 5 Freddy, Richard Kern, Amos Poe, Thurston Moore, Eric Mitchell, Maripol





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-12-2013

Durée: 1h34

 

Old New Waves

Passionnée par le mouvement artistique indépendant qui a investi New York durant les années 70 et 80, Céline Danhier s’est établie dans cette ville et a consacré deux ans à réunir les témoignages des principaux créateurs de cette époque, ceux qui étaient en tête de cette révolution culturelle à l’origine d’un cinéma "underground", tourné en super-huit, sans acteurs professionnels et, bien entendu, sans argent. Progressivement, ils vont accéder à un matériel plus performant, au 16mm, puis au 35, mais le contenu et la forme des films reste fidèle au "home made" des origines. De cette époque héroïque ont émergé quelques artistes qui sont passés à une production plus « traditionnelle », comme Jim Jarmush ou Steve Buscemi, sans perdre totalement la recherche d’originalité qui caractérisait leurs débuts.

Le but de ce premier long documentaire de Céline Danhier est donc de nous faire mieux connaître la cohorte des « autres », de ceux qui sont restés fidèles à l’esprit d’un cinéma plus expérimental, plus proche des tentatives esthétiques qui caractérisaient les films d’avant-garde en Europe, dans les années 20 et 30, à l’époque du dadaïsme et du surréalisme. En 1960, la fameuse "Nouvelle Vague" française n’avait pas les mêmes objectifs : elle souhaitait surtout secouer le cocotier où s’agrippaient les cinéastes de cette époque pour prendre leur place. Avec l’apparition d’un matériel plus léger et de pellicules plus sensibles, il devint possible de tourner dans les rues, même la nuit, en abandonnant l'image léchée, les studios et leurs décors construits : c’était là le vrai changement. Mais à l’exception de Godard et de Rozier, ces « jeunes turcs » prirent tranquillement la place de leurs aînés en conservant l'écriture cinématographique classique, celle qui avait fait ses preuves depuis un demi-siècle, la plupart admirant d’ailleurs le cinéma hollywoodien sans parvenir pourtant à l’égaler.

A New York, la tendance était beaucoup plus révolutionnaire, mais seuls quelques noms sont parvenus à émerger de cette troupe contestataire dont nous avons rarement eu l’occasion de voir les oeuvres exploitées en France. Ce devrait être là l’intérêt de Blank City qui réunit devant la caméra de Céline Danhier de vieux messieurs qui évoquent leur jeunesse et leurs espoirs. Mais, alors que nous espérions voir de larges extraits d'une production trop peu connue de nous, ils monopolisent l’écran comme dans ces longs documentaires-télé américains consacrés aux cinéastes où d’innombrables témoins et intimes viennent nous livrer leurs souvenirs, un peu comme si on évoquait Un Chien Andalou, le Sang d’un poète ou Entr’acte sans jamais nous les montrer : un peu frustrant, non ?