The Lunchbox

Film indien de Ritesh Batra

Avec Irrfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui, Denzil Smith, Bharati Achrekar, Nakul Vaid, Yashvi Puneet Nagar, Lillete Dubey


Sélectionné Semaine de la Critique Cannes 2013 et de nombreux Festivals internationaux


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-12-2013

Durée: 1h42

 

Restaurations

Avec le développement de l’ordinateur, on a constaté que près d’un tiers des employés avalait désormais son déjeuner devant l’écran – ne pouvant plus s’en détacher au moment du repas – délaissant ainsi la cantine, le sandwich au bar ou le resto trop cher. L’originalité de ce nouveau comportement tient surtout dans le fait qu’il s’agit de repas préparés à la maison, comme aux temps héroïques de la prolétaire gamelle apportée sur le chantier, époque où les cadres se cachaient pour grignoter dans leurs bureaux. Aujourd’hui, cette pratique est de plus en plus "tendance" et les quartiers d’affaires ne s’étonnent plus de voir arriver, chaque matin, d’élégants employés tenant l’attaché-case d’une main et la gamelle de l’autre.

En Asie, le principe est identique, mais les gamelles sont apportées par des livreurs lorsque sonne l’heure de midi. Contrairement à la Chine qui maintient la politique de l’enfant unique pour freiner la surnatalité, l’Inde a vu sa population augmenter de 2O millions d’habitants chaque année et vient de dépasser le chiffre de un milliard 200 millions de citoyens ! Quand arrive l’heure du repas, on imagine cette masse d’affamés envahissant les cantines, les bars, les réfectoires, et autres lieux destinés à l’alimentation. A Bombay, 5000 livreurs de lunchboxes apportent chaque jour, sur leurs lieux de travail, les gamelles préparées à la maison par l’épouse pour l’époux chéri. Les livreurs se faufilent dans les rues et les banlieues encombrées de cette immense ville labyrinthique et, grâce à leur grande expérience, ne commettent presque jamais d’erreur de destination. Des universitaires ont étudié ce phénomène et ont calculé qu’il n’y avait qu’une erreur d’adresse possible pour un million de livraisons. Pour son premier long métrage, Ritesh Batra s’est intéressé à ce cas exceptionnel et a tricoté un scénario plein d’humour sur les conséquences de cette lunchbox égarée.

Ila, épouse soumise et bonne cuisinière, mijote tous les matins des plats succulents pour un mari volage qui ne lui fait guère de compliments : il se plaint même de manger tous les jours du chou qui lui donne des aigreurs. Ila comprend assez vite que le livreur, malgré ses dénégations, se trompe de destinataire. Elle décide d’écrire une petite note pour l’inconnu qu’elle nourrit involontairement. Celui-ci, Saajan, est un comptable proche de la retraite, veuf, solitaire, et exaspéré par la présence pesante du jeune Shaikh qui va bientôt lui succéder. Evidemment, Saajan qui a été surpris par la qualité exceptionnelle et inattendue de ses repas se décide à répondre à la note glissée par Ila. Une relation épistolaire s’installe entre ces deux êtres noyés dans les millions d’habitants de Bombay, leur solitude les rapproche, et cette relation sentimentale va peut-être les conduire vers une rencontre. Ritesh Batra réussit une comédie discrète, loin des fastes "bollywoodiens", décrivant la vie quotidienne harassante des habitants de cette mégapole, secoués dans des transports en commun surpeuplés auprès desquels notre métro s’apparente à une limousine de luxe. Et, ultime élégance, il parvient à conclure son histoire sans tomber dans le happy ending redouté qui banalise tellement de films. Allez donc déguster cette délicieuse Lunchbox.