Amazonia

Film français de Thierry Ragobert
Documentaire


Sélection Biennale de Venise et Festival de Toronto


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 27-11-2013

Durée: 1h25

 

Origine du Monde

Thierry Ragobert, documentariste ambitieux et chevronné, repousse avec Amazonia les limites des paris impossibles mais gagnés. A la tête d’une équipe de 80 personnes, durant près de cinq ans, il a décidé de nous plonger dans l’immense forêt amazonienne en nous offrant un extraordinaire panorama de la flore et de la faune locale qui se développent dans la pénombre des arbres gigantesques ruisselant sous les averses diluviennes d’orages successifs (et ce n'est pas le port des lunettes 3D qui va y ajouter de la clarté). On ne peut qu’admirer la qualité des images et des sons maîtrisés dans des conditions aussi difficiles. Soutenu par ces atouts essentiels, le film prend le pari audacieux de se passer de commentaire durant un long prologue. Nous échappons ainsi à l’anthropomorphisme qui sévit généralement dans ce genre d’entreprise et partageons, in situ, les découvertes d’un jeune singe capucin, rescapé d’un crash aérien, qui découvre avec nous cet immense territoire hostile dans lequel son espèce ne figure pas. Les premières séquences peuplées de cris d’animaux divers qu’on ne voit pas, mais qui nous frôlent, immergent le spectateur dans un réalisme qui nourrit son angoisse - ou son émerveillement - selon les espèces rencontrées.

Malheureusement, Thierry Ragobert n’a pas cru pouvoir maintenir ce cap rigoureux et la musique ne tarde pas à s’infiltrer dans le récit, prenant la place d'un commentaire dont on se passait très bien. Le talent de Bruno Coulais n’est pas en cause, mais les interventions d’un orchestre symphonique dans cet univers où règnent grognements, feulements et crissements divers « civilisent » la sauvagerie de cette inquiétante forêt et font basculer Amazonia dans le registre plus banal du documentaire de cinéma disneyen auquel il pouvait échapper. Espérons que cette réserve, toute personnelle, ne sera pas ressentie par l’ensemble des spectateurs et qu’ils sauront apprécier les qualités de ce film-exploit, fruit des efforts conjugués d’une équipe qui ne mérite, par ailleurs, que des compliments.