Une femme douce

Film français de Robert Bresson
Inspiré par la nouvelle de Dostoïevski

Avec Dominique Sanda, Guy Frangin, Jeanne Lobre, Claude Ollier





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-11-2013

Durée: 1h30

 

Sauvegarde nécessaire

Sur le point d’envoyer cette chronique j’ai eu la surprise, au moment de cliquer sur le nom du réalisateur dans l’imposante liste qu’accumule cinéchronique depuis plus d’une décennie, de ne pas y trouver celui de Robert Bresson (ni ceux de Clair, Clouzot, Rossellini, Lean, Welles, entre autres). Par contre, des dizaines d’inconnus occupent cette nomenclature qui augmente tous les jours. Bien entendu, c’est parce que ce site est dédié aux films récents et aux cinéastes vivants, mais on éprouve un léger malaise devant ces cinéastes disparus depuis peu qui tombent aussi vite dans l’oubli. C’est d’autant plus étrange qu’il ne s’agit pas des pionniers de la préhistoire du cinématographe – plutôt bien traités par la postérité - mais de grands réalisateurs dont les films continuent d’attirer les téléspectateurs des nombreuses chaînes payantes. D’où l’intérêt de tenter une nouvelle exploitation en salles de certains de ces films qui ont été importants dans l’histoire du cinéma.

Dans cette série des « classiques » en cours de restauration numérique, voici donc le premier film en couleurs de Robert Bresson, Une femme douce (1969), interprétée par la jeune Dominique Sanda, âgée de seize ans, à l’aube d’une carrière exceptionnelle puisque c’est la seule - avec Anne Wiazemski - qui ait maintenu une activité d’actrice après avoir débuté avec ce réalisateur hors normes. Toutes les autres héroïnes (et héros) de ce cinéaste ont rapidement « disparu » du métier à l’exception de Claude Laydu ("Journal d’un curé de campagne"), devenu producteur de la série Bonne nuit les Petits pour la télévision et François Leterrier ( Un condamné à mort s’est échappé ) qui réalisa des premiers films ambitieux avant de s’assagir prématurément.

Après avoir débuté avec Les Anges du Péché (1943) et Les Dames du Bois de Boulogne (1945), Robert Bresson ne fit plus jamais appel à des acteurs professionnels dans la suite de sa carrière. Parmi ses profondes remises en question de la façon de faire du cinéma, sa conception du jeu et de l’élocution étant à l’opposé de ce que font, généralement, les comédiens professionnels, il n’engagea donc que des jeunes inconnus pour tenir les rôles principaux, exigeant d’eux une diction plate et atone, ainsi qu’une quasi absence d’expression des sentiments. La bande sonore étant finalement une préoccupation majeure de Robert Bresson, iI ne conservait pratiquement rien du son direct et réenregistrait en studio le dialogue afin d’obtenir patiemment cette tonalité lisse et inexpressive qu’il recherchait. Il faisait donc défiler simultanément les divers enregistrements, piquant un mot dans une prise, une réplique dans une autre. Il a utilisé la musique « de film » à dose homéopathique, estimant que les bruits ou le silence soutiennent davantage la dramatisation d’une scène dans la plupart des cas.

Une femme douce est donc un bon exemple de ce « jansénisme artistique » qui éblouissait la Critique, mais beaucoup moins un public désarçonné par cette rigueur. De plus, il faut préciser que la qualité des moyens techniques de l’époque ne permettait pas d’aboutir à la perfection que recherchait ce réalisateur exigeant. Comparée à la qualité des bandes sonores actuelles, on est évidemment surpris par la pauvreté des passages de voitures, des claquements de portières et autres bruitages répétitifs, qui ne peuvent remplir l’espace sonore comme l’aurait souhaité Robert Bresson. Cette tentative artistique reste donc unique et, si elle a séduit les esthètes de l’époque, n’a guère eu d’émules dans un certain cinéma contemporain devenu tellement bavard, saturé d’hyper effets sonores qu’une B.O. musicale pour les sourds vient pilonner de surcroît.