Prince of Texas
Prince Avalanche

Film américain de David Gordon Green
Adapté de EITHER WAY de H.G.Sigurdsson

Avec Emile Hirsch, Paul Rudd, Joyce Payne, Lance Legault


Meilleur Réalisateur Berlinale 2013


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-10-2013

Durée: 1h34

 

U.S. cantonniers

David Gordon Green a déjà réalisé huit longs-métrages dont le dernier a obtenu l’Ours d’Argent du Meilleur Réalisateur à la Berlinale 2013. Prince of Texas se déroule en 1988 après le gigantesque incendie qui avait ravagé la Californie. Quelques semaines plus tard, nous découvrons deux personnages en salopette qui refont le marquage d’une interminable route dévastée en poussant paisiblement une sorte de brouette des Ponts et Chaussées. Au pays des machines à tout faire, cette activité artisanale surprend évidemment et l’humour de la situation, dans ce décor sinistre, oriente le ton du film vers la tendance Jim Jarmush, après avoir précédemment tâté de celle de Charles Laughton, Judd Apatow et même Terrence Malick. Comme on le voit, l’éventail des influences est largement ouvert.

Alvin (Paul Rudd) est le mari de la soeur de son compagnon de travail, Lance (Emile Hirsch). Les deux beaux-frères sont aussi peu assortis que possible : Alvin est consciencieux, époux fidèle et amateur de vie au grand air; Lance aime les filles faciles et les virées nocturnes dans les bars. Le film se nourrit de leur antagonisme et des rares rencontres faites sur cette route, encore peu fréquentée depuis l’incendie qui a calciné des hectares de forêts. Cet affrontement rend le film très bavard – parfois au détriment de la beauté tragique des lieux - et l’incessant débat entre les deux hommes, quel que soit le sujet abordé, ne laisse guère de place à l’émotion que ces images devraient susciter. Comme c’est une des caractéristiques d’un certain cinéma indépendant américain, il n’est donc pas étonnant que ce Prince of Texas ait été présenté en avant première au Festival de Sundance. Cet étrange titre pour le public français, alors que nous sommes en Californie, a remplacé le titre original Prince Avalanche, guère plus explicite. Eternel mystère des distributeurs...

Mais cet Ours d’Argent berlinois n’est pas dû à une improbable incompétence du Jury car David G. Green a fait preuve de réelles qualités de réalisateur en tournant Prince of Texas en seulement 16 jours, dans l'ordre chronologique du script, sous la pluie ou au soleil, en insérant - au hasard des rencontres - des scènes imprévues comme la vieille dame fouillant réellement les ruines de sa maison calcinée. L’idée de faire ce film, inspiré du roman Either Way, a jailli en février et le mixage était terminé fin juillet ! On peut surtout mettre à son crédit le fait qu’il a fait travailler ses acteurs et son équipe sans les payer, avec leur accord. Comme le déclare joyeusement David Gordon Green :

« Dans ce film, personne n’est payé, on est là uniquement parce qu’on s’apprécie. C’est une expérience unique de tourner sans argent, sans éclairages, sans camions, avec cinq personnes qui travaillent pour vous… »

A côté de Green, Kechiche est un petit garçon.