Omar

Film palestinien de Hany Abu-Assad

Avec Adam Bakri, Waleed F.Zuaiter, Leem Lubany, Samer Bisharat, Eyad Hourani


Prix du Jury UN CERTAIN REGARD Cannes 2013


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 16-10-2013

Durée: 1h37

 

Etat de Siège permanent

A l’exception d’un polar américain inattendu, The Specialist (2011), toute la filmographie de Hany Abu-Assad est consacrée à la vie des Palestiniens plongés dans cet interminable état de siège dont on ne voit toujours pas l’issue en 2013. Né en 1961 dans son pays déjà occupé par Israël, il se fait connaître par Le Mariage de Rana (2002) et Paradise Now (2005), qui sera sélectionné pour l’Oscar du Meilleur Film Etranger. Cette année, Omar a remporté le Prix du Jury UN CERTAIN REGARD à Cannes.

Cette récompense amplement méritée souligne les qualités de cette production à tous les niveaux, du scénario à la réalisation, avec une distribution de très jeunes comédiens remarquables dont c’est le premier film. Adam Bakri, dans le rôle d’Omar fait, de plus, preuve de capacités athlétiques rares qui complètent son talent d’acteur dans tous les registres : violence, comédie ou conflit sentimental. On imagine qu’il n’est pas simple de traiter les rapports actuels entre Israéliens et Palestiniens sans prendre parti. Hany Abu-Assad a choisi bien entendu son camp et traite dans tous ses films de la résistance que doivent opposer aux occupants les occupés : attentats kamikazes dans Paradise Now, meurtres ciblés dans Omar où un trio de jeunes gens, amis d’enfance, décide de passer à l’acte et va abattre un soldat israélien dans une caserne.

Oscar (qui n’est pas le tireur) est capturé et malmené par Tsahal qui tente de le « retourner » pour qu’il dénonce le meurtrier. Je n’en dirai pas plus afin de protéger l'intérêt de découvrir les développements de ce scénario riche en péripéties. Sa qualité essentielle réside dans l’ambigüité des rapports reliant tous ces personnages complexes d’où un manichéisme simplificateur - les bons contre les méchants – est exclu. Entre les scènes dramatiques, les trois copains se racontent des blagues idiotes qui les font rire, tandis qu’une étrange relation s’établit progressivement entre Omar et le chef des services secrets israéliens, augmentant l'incertitude sur la façon dont évoluent tous ces personnages. Le rôle de l’Israélien est remarquablement tenu par le seul acteur professionnel du film, Waleed F. Zuaiter, qui alterne cruauté et séduction afin de faire d'Omar un traître.

Mais la guerre n’est pas la seule préoccupation d’Omar : il est profondément amoureux de Nadia, jeune étudiante qui est la soeur de son ami Tarek. Et comme rien n’est simple dans ce monde compliqué, Amjad - le troisième copain, celui qui a abattu le soldat - est également épris de la jeune fille. Comment tout cela va-t-il finir ? Hany Abu-Assad maintient efficacement le suspense de ce thriller politique jusqu'à la dernière image.