Shérif Jackson
Sweetwater

Film américain de Logan et Noah Miller

Avec Ed Harris, January Jones, Jason Isaacs, Eduardo Noriega





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-10-2013

Durée: 1h35

 

Vrai faux Western

Le club des frangins cinéastes (les Dardenne, Coen, Larrieu, etc.) s’est enrichi de nouveaux membres : les frères Logan et Noah MILLER. Et, pour faire bon poids, ces deux-là sont même jumeaux ! Ils sont également scénaristes, acteurs, producteurs et, surtout, ils n’ont que 21 ans, avec une filmographie démarrée en 2008 par Touching Home, déjà interprété par Ed Harris qui, abandonnant ses blockbusters habituels, a fait confiance à ces deux ados de 15 ans (!) pour le diriger. Séduit par le résultat, il produit - et interprète - aujourd’hui ce Shérif Jackson, personnage déjanté et clownesque plutôt éloigné des héros habituels qu’incarne généralement cet excellent acteur. A ses côtés figure la belle January Jones, ex-prostituée repentie, qui cherche à abattre le très, très méchant Jason Isaac, chef religieux, psychopathe et libidineux d’une secte de fondamentalistes qui a assassiné, entre autres, son mari adoré.
En survolant ce synopsis, on peut penser qu’il s’agit d’un western de plus. Erreur : tourné dans les paysages désertiques du Nouveau-Mexique, parodie des déjà parodiques films de Sergio Leone, on sent immédiatement que les décors, les costumes, les cadrages, le découpage et le jeu des personnages font de ce film un "cartoon" plein d’humour macabre, dont une B.D. serait le "story-board". La filiation avec l’esprit de certains films des frères Coen s’insinue chez le spectateur avec, en plus, une insolence et un goût de la provocation propres à la jeunesse des réalisateurs. Quand on voit les frères Miller, interprétant des jumeaux monstrueux (auprès desquels Quasimodo passerait pour un Adonis), mourir dans le désert, on ne peut avoir aucun doute sur l’esprit potache qui imprègne cette joyeuse production ; Ed Harris, abandonnant les missions Apollo 13, endosse son costume de shérif, autrement dit une redingote bleue accompagnée d’un chapeau melon – accoutrement rare dans les westerns de John Ford - pour aller affronter, entre deux pas de danse, l’ignoble Jason Isaac ; quant à January Jones, vêtue d’une étrange robe de soirée longue et violette, elle abat inlassablement tous les méchants qu’elle croise comme dans les "cartoons" de Tex Avery. Les jumeaux Miller démontrent ainsi qu’être jeune ne vous condamne pas obligatoirement aux films sinistres. Ouf, il était temps…