Papa vient dimanche
Toata lumea din familia noastra

Film roumain de Radu Jude

Avec Serban Pavlu, Sofia Nicolaescu, Mikaela Sirbu, Gabriel Spahiu


Primé aux Festivals de Bucarest, Belfort, Sarajevo, Namur


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 02-10-2013

Durée: 1h48

 

Huis très clos

Le cinéma roumain récent nous a souvent offert des films que les festivals ont, à juste titre, récompensés et que le public a su apprécier. C’est donc avec intérêt que j’attendais de découvrir Papa vient dimanche de Radu Jude dont je ne connais aucun film. L’ouverture est prometteuse avec une caméra posée en permanence sur l’épaule, une lumière « naturelle » et un désir de capter la réalité brute comme un hommage au néo-réalisme italien d’après guerre.

Marius, fraîchement divorcé, a obtenu la garde de sa fillette quelques jours par an. Ce week-end, il compte l’emmener à la plage : il charge son vélo de cadeaux et va emprunter la voiture de son père car la mer est loin de Bucarest. Il débarque chez ses parents qui l’accueillent chaleureusement jusqu’à ce que l’évocation de sa nouvelle compagne déclenche la fureur du père qui la déteste et n’a pas admis le divorce de son fils. Il lui laisse tout de même sa voiture et Marius se rend chez son ex-femme, Otilia. Aurel, le nouveau compagnon, lui annonce qu’elle est chez le pédicure. Qu’à cela ne tienne : Marius embrasse son ex-belle-mère, donne ses cadeaux à la petite Sofia et prépare sa valise pour le week-end. Au moment de sortir, Aurel lui dit que Sofia était malade dans la nuit et qu’il faut attendre le retour d’Otilia qui, seule, pourra autoriser l’excursion prévue. La situation est mise en place dans cette première demi-heure et la qualité des comédiens, la petite Sofia en tête, nous promet une description sévère des conflits que rencontrent les mal-mariés et les mal-divorcés.

Hélas, Otilia ne revient qu’au bout d’une heure. En l’attendant, le scénario et les dialogues commencent à patiner, enchaînant les fausses sorties de Marius de manière répétitive jusqu’à ce que, à bout de nerfs, il blesse involontairement Aurel. L’ex-épouse apparait enfin et nous recommençons avec elle le chemin déjà parcouru, tandis que la petite Sofia aimerait bien boire un chocolat chaud. De règlement de comptes en tentatives de réconciliation, l’histoire tente de progresser vers une possibilité d’issue. La seule qui se présente pour Radu Jude mène à la folie, ce qui est parfaitement envisageable : comment un garçon tranquille bascule dans la démence à force de se croire victime d’une société injuste. La principale qualité de ce récit vient de l’absence de manichéisme, car aucun de ces personnages ne représente le Bien ou le Mal, ce sont tous de braves gens embarqués dans un cauchemar.

En 2006, Radu Jude tournait Alexandra, court-métrage de 24 minutes qui racontait la même histoire, avec le même acteur pour le rôle du père divorcé : l’excellent Serban Pavlu. C’était peut-être un peu trop court, mais je crains que 1 h 48 ne soit beaucoup trop long.