Frances Ha

Film américain de Noah Baumbach

Avec Greta Gerwig, Mickez Sumner, Adam Driver, Michael Zegen, Patrick Heusinger, Justine Lupe, Juliet Rylance, Maya Kazan


Sélection 63° Filmfestspiele Berlin Sélection TIFF Toronto


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 03-07-2013

Durée: 1h26

 

Incasable...

On imagine sans peine que les péripéties de Frances Ha, comédie romantique, ne pouvaient se dérouler qu’à New York. Inspiré par des personnages qui semblent échappés du Manhattan de Woody Allen, filmé également dans un très beau noir et blanc, ce scénario nous permet de confirmer les talents de Greta Gerwig qui est également co-auteur de cette drolatique histoire d’une born loser à la recherche d’à peu près tout : amour, amitié, travail, et… logement. Découverte dans Greenberg du même réalisateur, Noah Baumbach (2010), elle est le pivot optimiste, gaffeur et incasable autour duquel gravite la ronde des pseudo intellos, artistes et glandeurs divers qui hante les nuits new-yorkaises. Mais ce film parvient à échapper à la plupart des conventions dans la description habituelle du milieu bohème.

Une des caractéristiques insolites de cette histoire est que les protagonistes parlent beaucoup de sexe, évidemment, mais qu’on ne le pratique guère devant la caméra. Autre exception qui nous change des scenarii standards habituels, la brève virée à Paris n’occasionnera pas la rencontre magique d'un Prince Charmant avec l’héroïne qui continue de traîner sa solitude le long de la Seine, entre deux siestes. Enfin, ultime pirouette, Frances qui espérait devenir danseuse - et même chorégraphe - finira par accepter un emploi de secrétaire pour s’assurer, enfin, un peu de sécurité matérielle. Malgré cet ending vraiment peu happy, Noah Baumbach réussit à maintenir le caractère de son personnage dans un registre optimiste et même joyeux malgré les échecs qu’elle rencontre. C’est l’atout majeur de cette histoire qui flirte avec le drame sans jamais y tomber.

Pour ce film, Noah Baumbach a également innové dans d’autres domaines : équipe ultra réduite mais plan de travail s’étalant sur plusieurs saisons, tournage en noir et blanc, prise de vues numériques avec un appareil photo Canon 500 D et, surtout, des producteurs qui ont accepté de ne pas lire le scénario en lui accordant quand même le final cut… Chapeau, mister Noah !

Ultime agréable singularité de Frances Ha, l’accompagnement musical est composé d’emprunts divers parmi lesquels on retrouve de nombreux thèmes de Georges Delerue. Ecartant la facilité, Noah Baumbach ne les emploie pas lors du voyage de Frances à Paris, mais uniquement pour soutenir le romantisme des séquences new-yorkaises où ces mélodies expatriées confirment leur efficacité, nouvelle preuve que composer une musique synchrone, esclave de l’image, n’est pas forcément une garantie de perfection. De la même façon, François Truffaut avait utilisé des partitions de Maurice Jaubert, mort à la guerre en 1939, pour certains de ses films. Tous ces détails confirment que la cinéphilie francophile de ce jeune réalisateur est plus à l'aise dans le climat new-yorkais que sous les palmiers californiens.