La Communauté du feu rouge
La Sociedad del Semàforo

Film Colombien de Rubén Mendoza

Avec Alexis Zuniga, Abelardo Jaimes, Gala Bernal, Romelia Cajiao, Héctor Ramirez





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-06-2013

Durée: 1h45

 

On ne peut nier que le cinéma nord-américain est un des vecteurs essentiels de l’acculturation mondiale. C’est grâce à lui (avec la musique, les fast food et les fringues) que la planète a été fascinée par une american way of life, idéalisée par Hollywood, qui a séduit les milliards de spectateurs admirant (et enviant) ces acteurs superbes qui enfourchaient des chevaux pour sauver les innocents encerclés par les Indiens, ou ces actrices sublimes qui quittaient leurs résidences immaculées dans des limousines décapotables pour aller jouer au golf, ou ces super-héros qui lancent aujourd’hui des drones pour sauver la planète des terroristes. Ces clichés tenaces ne concernent que les Américains du Nord, bien entendu.

Pour ceux du Sud, je doute que la série de films provenant actuellement de ces régions surchauffées incite les spectateurs au tourisme ou à s’expatrier en Colombie, par exemple. Troisième salve après La Playa D.C. et La Sirga, voici que nous recevons de plein fouet La Sociedad del Semàforo de Rubén Mendoza. Au départ, le scénario évoque les comédies italiennes grinçantes de Dino Risi ou d’Ettore Scola, tendance Affreux, Sales et Méchants. Aux carrefours des avenues de Bogota, s’accumule une horde de mendiants, d’estropiés, de cracheuses de feu, de clowns, de laveurs de vitres ou de jongleurs qui profitent du feu rouge pour mendier auprès des automobilistes arrêtés. Raúl, SDF drogué mais bricoleur doué, suggère d’intervenir sur les branchements du sémaphore afin d’augmenter considérablement la durée de l’arrêt au feu rouge, d’où bénéfices largement supérieurs pour la meute des misérables. Ceux-ci ne sont pas immédiatement convaincus et le scénario détaille les longs palabres que va conduire Raúl pour séduire l’ensemble de cette horde de gueux qui survit, essentiellement, de la récupération des ordures. Dino et Ettore s’éclipsent peu à peu pour céder la place à Luis (Buňuel) et, progressivement, le tragique va succéder au pur humour noir.

Mais notre capacité d’empathie pour ces malheureux finit par se lasser devant leur crasse revendiquée, leur alcoolisme triomphant, leurs fumettes de "bazuco" et leur pédophilie latente. Cette descente aux enfers se conclue par une émeute générale - au carrefour enfin aménagé par Raúl - qui ne risque pas de relever l’indice de popularité de cette troupe de va-nu-pieds, tandis que l’instigateur de ces troubles préfère partir prudemment vers d’autres horizons. Sur ce scénario ambigu dont il est l’auteur, Rubén Mendoza fait preuve d’une grande maîtrise dans une réalisation qui parvient à transformer tous ces marginaux non professionnels en authentiques comédiens. Soulignons également les qualités de la bande sonore et l'originale musique d’Edson Velandia qui fournit le "punch" nécessaire aux péripéties de cet hymne à l'anarchie qui a envahi cette cour des miracles contemporaine.