L'Autre Vie de Richard Kemp

Film français de Germinal Alvarez

Avec Jean-Hugues Anglade, Mélanie Thierry, Philippe Bérodot, Jean-Henru Compère, Pierre Moure, Loïc Rojouan, Fred Saurel, Nicolas Villemagne, Adrien Cauchetier, Flor Lurienne, Elsa Galles





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 05-06-2013

Durée: 1h42

 

A-Chronisme

Pour son premier long-métrage, Germinal Alvarez part d’un postulat ambitieux : il a écrit une histoire dont le héros, Richard Kemp, est projeté 2O ans en arrière, lorsqu’il était au début de sa carrière d’inspecteur de police aux prises avec un tueur en série insaisissable. Ce voyage dans le temps a souvent inspiré les scénaristes mais Germinal Alvarez affronte la difficulté en compliquant cette situation exceptionnelle par une innovation. En effet, l’inspecteur Kemp - quinquagénaire - ne vient pas réintégrer le corps du trentenaire qu’il était, mais coexiste avec lui pour lui venir en aide puisqu’il connaît désormais le déroulement des évènements à venir et, donc, peut tenter d'empêcher le tueur de commettre ses crimes. Il y a là une lointaine référence au Minority Report de Steven Spielberg, mais en beaucoup moins sophistiqué et, surtout, avec des personnages plus crédibles.

Dans la première partie, la description de cette « autre vie » maîtrise parfaitement la mise en place de ce récit paradoxal. Le choix des décors réels crée une ville imaginaire dans laquelle les accessoires datés (automobiles, minitel et autres gadgets oubliés) nous renvoient à une époque pas si lointaine. La performance des deux comédiens principaux, Jean-Hugues Anglade et Mélanie Thierry, qui perdent ou gagnent vingt ans selon les séquences, complète le bilan positif de ce premier film intéressant. On peut seulement regretter que le Kemp « jeune » soit barbu comme le « vieux », car le visage juvénile et glabre du Jean-Hugues Anglade des années 80, que nous connaissons bien, aurait mieux convenu pour marquer la différence d’âge entre les deux personnages. La fin un peu confuse de ce polar fantastique n’atteint pas la qualité de son ouverture, mais reconnaissons la grande difficulté de conclure un pareil voyage dans le temps, surtout avec un héros « dédoublé » : la mort hypothétique de l’un devant entraîner logiquement celle de l’autre puisqu’ils ne sont qu’un. Mais si on peut admettre cet "aller" vers le passé, pourquoi contester ce "retour" vers le présent ? Germinal Alvarez cherche à rénover le polar archaïsant, nous n’allons pas le lui reprocher.