Une Vie Simple
Tao Jie

Film hong-kongais de Ann Hui

Avec Deanie Ip, Ah Tao, Wang Fuli, Quin Hailu, Paul Chun, Tsui Hark, Anthony Wong


Prix Interprétation Féminine VENISE 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 08-05-2013

Durée: 1h59

 

Longue fin de vie

Inspiré par la vie réelle du producteur hong kongais Roger Lee, ce film retrace les dernières années d’Ah Tao qui était domestique dans sa famille depuis l’enfance. Son métier de producteur l’obligeant à de fréquents voyages, la fidèle Ah Tao entretenait la maison et maternait son patron lorsqu’il était de retour. Celui-ci, dernier héritier de la famille, vivait donc seul avec sa vieille domestique jusqu’au jour où il fallut l’hospitaliser, puis la placer dans une maison de retraite. Dès lors, les relations entre Roger et Ah Tao s’inversèrent et cet homme, assez froid et distant au début du film, endossa une attitude filiale vis-à-vis de la vieille dame, lui rendant sans cesse visite et partageant autant que possible ses repas.

Lorsqu’on se trouve confronté au cruel déménagement vers un lieu qui est l’antichambre de la mort, il est difficile d’en tirer une comédie. Roger Lee et la réalisatrice Ann Hui en étaient bien conscients et s’étonnent, aujourd’hui, du succès remporté dans les festivals et auprès du public par leur film qui n’évoque que la maladie, la vieillesse et la disparition, sujets qui n’ont pas la réputation d’être des atouts commerciaux, encore que le succès mondial de AMOUR de Michael Haneke démontre, s’il le fallait , qu’il n’y a vraiment pas de règles sans exceptions. Cette inquiétude était renforcée par le fait que le tournage a eu lieu dans une vraie maison de retraite dont la figuration était en grande partie composée des pensionnaires réels. Les premières scènes où Ah Tao découvre cet environnement, ses nouveaux voisins de table et la chambre où elle dormira désormais produisent un sentiment de malaise profond qu’atténue le caractère plutôt jovial et peu plaintif de cette vieille personne, interprétée par Deanie Ip qui a bien mérité son prix d’interprétation décerné à Venise.

Cependant, ces réelles qualités ne suffisent pas à nourrir un film aussi long, même si les scènes de repas succèdent aux scènes de repas. Il est évident que l’inaction inhérente aux conditions de vie de ces pensionnaires invalides ne peut susciter un scénario aux péripéties haletantes, mais il semblait possible d’alléger la monotonie de ce récit , en conservant intacte l’émotion, afin de rapprocher l’inévitable conclusion de la vie d’Ah Tao, destin partagé par l’ensemble des êtres vivants, hélas...