MUD Sur les rives du Mississipi
MUD

Film américain de Jeff Nichols

Avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon, Sarah Paulson, Ray McKinnon, Sam Shepard, Michael Shannon, Paul Sparks, Joe Don Baker, Johnny Cheek





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-05-2013

Durée: 2h10

 

Education sentimentale

Après Shotgun Stories (2007) et le très surestimé Take Shelter (2011), Jeff Nichols poursuit son immersion dans les grands espaces américains avec MUD, nouveau film qui séduit pour de nombreuses raisons : un scénario insolite dans les plaines de l’Arkansas traversées par le large Mississipi, servi par des acteurs excellents, avec quelques passages d’oiseaux migrateurs (en hommage à Terrence Malick ? ) et, dans ce décor très photogénique, un thème majeur : l’obsédante recherche de "l’amour véritable" chez un adolescent de quatorze ans, Ellis, qui découvre avec angoisse combien cette qualité est absente dans son entourage. Ses parents envisagent de divorcer, son oncle traite assez mal sa petite amie, son espoir d’être le "boy friend" d’une copine de classe passe par quelques hauts et beaucoup de bas… Heureusement il lui reste un ami solide, Neckbone, avec lequel il passe le plus clair de son temps car leur scolarité en pointillé ne semble guère les occuper outre mesure. Habitant un hameau lacustre, ils pêchent des poissons ou des crabes qu’ils revendent, sillonnent l'admirable fleuve en canot et explorent surtout les environs jusqu'au jour où, débarquant sur un ilot, ils découvrent, émerveillés, un bateau qu’une crue a déposé au sommet d’un arbre.

Ils découvrent également que l’endroit abrite un occupant qui va les fasciner : le mystérieux Mud. Je vous laisse le plaisir de découvrir de quelle façon vont s’établir peu à peu les relations entre ces trois personnages ; précisons seulement que Mud leur confie un jour être amoureux de la plus belle fille du monde, Juniper, et qu’il n’a qu’un seul but : pouvoir enfin la retrouver s’il réussit à réparer et à remettre à flot le bateau suspendu dans les branches, projet fou mais peut-être possible avec l’aide des deux garçons. Cette idée séduit d’autant plus Ellis qu’elle lui prouve enfin que le « véritable amour » peut exister puisqu’une telle passion habite Mud. Hélas, lorsque l’adolescent ira retrouver la mystérieuse Juniper au motel du village pour lui remettre un message de son amoureux, l’étrange comportement de la jeune femme établira, une fois de plus, que la réciproque n’est jamais garantie et que sincérité et mensonge vivent une cohabitation difficile. Ce cruel apprentissage de la désillusion amoureuse est le thème qui structure ce scénario imprégné d’une misogynie certaine car, des écolières allumeuses aux fiancées volages qui deviendront des épouses maussades, les filles bafouent les mâles naïfs, victimes permanentes de leur perversité. Jeff Nichols (casquette de scénariste) a du beaucoup en souffrir dans son adolescence, ce qui explique qu’il en garde un souvenir aussi amer.

On peut seulement regretter qu’il n'ait pas gardé jusqu’à la fin la tonalité quasi poétique qui faisait le charme de cette fable pessimiste car, si on ne se demande pas trop comment Mud a pu débarquer dans cette île perdue au milieu d’un large fleuve, comment il s’est nourri avant de rencontrer ses jeunes visiteurs et, surtout, comment il va parvenir à descendre de son perchoir un bateau d’une tonne - Jeff Nichols (casquette de réalisateur) faisant une prudente ellipse sur l’exécution de ce tour de force - par contre on ne s’attendait pas à voir ce récit basculer vers une fin de thriller, avec ses sempiternels bains de sang, pour conclure cette délicate éducation sentimentale. Il transforme soudain le mystérieux Mud en héros de western invulnérable, nous faisant passer de Tim Burton à Sam Peckinpah, avec cette fascination morbide des armes à feu vraiment aussi indéracinable chez les Américains que leur besoin de conclure par un happy ending conventionnel ce récit qui ne le demandait vraiment pas.