Oblivion
Oblivion

Film américain de Joseph Kosinski

Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman, Andrea Riseburough, Nicolaj Coster-Waldau, Malissa Leo, Zoe Bell





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-04-2013

Durée: 2h06

 

Drone de Drame

Oblivion est le catalogue le plus à jour du savoir-faire américain dans l’utilisation des nouvelles techniques. L’action de cette aventure se déroule à la fin du XXe siècle et, bien que les Terriens aient gagné cette ultime guerre, notre planète a été détruite. Si on admet ce postulat assez vague, on peut rester pour admirer la suite d’un spectacle aux images exceptionnelles : les paysages ravagés de l’Islande qui illustrent les conséquences d’un conflit nucléaire, le choix des décors, la qualité de chaque accessoire, l’esthétique des objets qui entourent les très rares survivants, les véhicules qu’ils utilisent, la perfection des effets spéciaux, etc. méritent qu’on rende hommage à cette armée des créateurs qui a conçu cet univers futuriste et cohérent, armée qui défile dans un des plus longs génériques de fin que l’on puisse voir.

Le jeune réalisateur de ce film ambitieux, Joseph Kosinski, en est également le scénariste. Malheureusement, son talent d’auteur n’égale pas les qualités de sa mise en scène. L’histoire de ce couple survivant qui réside dans une petite station suspendue dans l’espace, d’où Tom Cruise part tout les matins dans son « technoptère » (hélicoptère sans hélices) pour aller réparer les drones en panne sur la Terre dévastée, fait rapidement basculer le film dans un super jeu vidéo de luxe avec d’incessantes poursuites contre des ennemis invisibles, des retournements de situation obscurs, la menace permanente des drones qui risquent de se tromper de cible, les salves d’armes sophistiquées qui n’atteignent personne ou bien, si elles font mouche, tuent des morts qui ressuscitent miraculeusement. Passée l’époque heureuse de l’enfance, on peut difficilement s’intéresser à des héros invulnérables, Achille ou Siegfried en sont les meilleurs exemples : c’est la fragilité qui a fait leur gloire. Alors que dans cette incessante succession de massacres qu’aligne Oblivion, Tom Cruise s’en tire avec une petite écorchure sur le nez, comme Jack Nicholson dans China Town. Serait-ce LA touche d’humour ? Bien entendu, le numérique et les trucages sur fonds verts ont dévalorisé les risques réels que courait, encore récemment, l’acteur dans les cascades périlleuses, mais la pérennité quinquagénaire des James Bond (depuis 1962) et autres Missions Impossibles (depuis 1966) prouve qu’un large public a conservé son âme d’enfant. Quelle chance !

Précisons enfin, pour les spectateurs analphabètes, qu’Oblivion n’est ni le nom d’une planète inconnue ni celui du héros qui s’appelle Jack Harper, comme tout le monde. En anglais, oblivion signifie « oubli », titre parfait pour un scénario dont les héros ont subi un sérieux lavage de cerveau qui a effacé les souvenirs de leur vie passée, lorsque régnait encore la paix sur notre planète. On peut se demander pourquoi les distributeurs ont écarté la traduction de ce titre qui aurait donné au public français le même indice qui favorise les anglophones.