Le Repenti
El Taaib

Film Algérien de Allouache Merzak

Avec Nabil Asli, Adila Bendimerad, Khaled Benaissa


Sélection Quinzaine des Réalisateurs 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-04-2013

Durée: 1h27

 

Guerre civile mal éteinte

En 1991, des élections législatives ont lieu en Algérie et le premier tour voit la victoire du F.I.S. (Front Islamique du Salut). Mais il n’y aura pas de second tour : l’Armée au pouvoir supprime simplement les élections au grand soulagement des « démocraties » occidentales. Frustrés, les partisans du F.I.S. prennent le maquis et commence alors une guerre fratricide qui durera jusqu’en 1999, enchaînant massacres sur massacres. On estime à 200 000 le nombre des morts. Pour mettre fin à ce conflit, l’actuel Président Bouteflika fait alors adopter, par référendum, une "Loi sur la Concorde Civile" susceptible de ramener la réconciliation en promettant l’amnistie aux maquisards qui se rendent. On estime alors à 80% le nombre de combattants qui abandonne la lutte clandestine.

Merzak Allouache s’est fait connaître avec une comédie douce-amère, Omar Gatlato (1976) qui dépeignait l’existence d’un petit fonctionnaire algérois en proie aux difficultés de la vie quotidienne, scénario éloigné des films patriotiques qui caractérisaient le cinéma algérien de l’époque. Ce non conformisme humoristique se retrouve dans certains de ses films suivants, ce qui l’obligera finalement à s’établir en France durant les années noires de la guerre civile. Le Repenti n’appartient pas à la veine caustique de son auteur qui, avançant en âge, s’attaque aujourd’hui à un sujet dramatique : le difficile retour d’un jeune maquisard, Rachid, dans sa famille qui l’accueille avec effusion, alors que le village souhaiterait le lyncher, malgré l’amnistie, pour les multiples atrocités dont on le soupçonne. Rachid va au commissariat du bourg voisin rendre son arme au policier chargé de l’épuration du secteur. Celui-ci consent à le blanchir à condition qu’il rase sa barbe et remplisse une mission délicate - qui reste inconnue du spectateur - concernant Lakhdar, le pharmacien local. Notre intérêt est soutenu par ce mystère et, surtout, par l’ambigüité du personnage de Rachid, post adolescent fragilisé par les évènements qu’il a subis, et dont on ne sait jamais s’il est responsable des atrocités qu’on lui reproche, ou victime d’une injuste rumeur. Des rapports difficiles s’établissent entre le jeune repenti, le pharmacien et Djamila, la femme de ce dernier, à la suite de ses révélations concernant le sort de la petite fille du couple, disparue durant le conflit. Nous ne dévoilerons pas, bien entendu, l’amère conclusion de ce récit bâti sur des silences et des non-dits.

Un excellent trio d’acteurs incarne sobrement ce drame qui dépeint sans fard les tragiques conditions d’existence de ce pays auquel l’indépendance n’a guère apporté, jusqu’à présent, les bonheurs espérés. Le scénario a été rejeté par le Ministère de la Culture algérien, ce qui n’est guère étonnant, mais Merzak Allouache a pu quand même réunir un financement, faible mais suffisant, pour le réaliser. Le Repenti a été sélectionné et primé dans de nombreux festivals, sans que la presse algérienne n’en fasse mention. La "Loi sur la Concorde Civile" n’a pas éteint toutes les braises qui fument encore.