Mystery
Mystery

Film chinois de Ye Lou

Avec Hao Lei, Qin Hao, Qi Xi, Zu Feng, Zhu Yawen, Chang Fanfyuan, Qu Ying


Meilleur Film, Meilleur Scénario, Meilleur Espoir QI XI aux Asian Film Awards


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-03-2013

Durée: 1h38

 

Adultère émergent

Après avoir hésité pour savoir s’il fallait attribuer Mystery aux productions de Hong-Kong ou à celles de Taïwan, on découvre avec étonnement qu’il a été produit et réalisé dans la Chine ex(?)-populaire contemporaine. Quel meilleur exemple pourrait-on trouver de l’extraordinaire évolution de ce pays, toujours officiellement communiste, mais dont l’impressionnante émergence tous azimuts balaye peu à peu ce qui restait de la stricte morale maoïste de naguère.

Terminés les défilés fleuris d’une jeunesse radieuse et les exploits d’une classe laborieuse affrontant les Tigres de papier. Lou Ye situe son histoire dans le centre du pays, à Wuhan, grande ville industrielle où la circulation automobile évoque le périphérique aux heures de pointe et où le mode de vie des habitants équivaut à celui de nos classes moyennes, y compris dans les problèmes de couple. Les fils de familles aisées font la course en BMW sur des autoroutes inondées par la pluie jusqu’à ce qu’un accident prévisible survenant, ces jeunes chauffards ivres payent la police pour qu’elle ferme les yeux, les épouses subissent la double vie insolente de leurs maris, les meurtriers avérés ne sont guère inquiétés, etc. Lou Ye décrit cette société, apparemment privée de repères moraux, en l’encadrant ironiquement par l’Hymne à la Joie de Beethoven, chanté en chinois par les enfants des écoles ouvrant le film et le concluant. On peut vraiment dire que Lou Ye pose "Un Certain Regard" sur son pays : les sélectionneurs de Cannes ne s’y sont pas trompés, les Autorités chinoises non plus qui lui ont interdit de produire ou de réaliser des films pendant cinq ans, après Une Jeunesse Chinoise déjà sélectionné à Cannes en 2006. On se demande quelle punition risque d’encourir à présent Lou Ye… Mystery...

Il est toujours étonnant de voir que les régimes sur la défensive - Franco, Tito, l’Iran ou la Chine aujourd’hui - tolèrent finalement la production de films nettement contestataires à leur égard qui sont ensuite sélectionnés dans les Festivals internationaux ; pareille attitude « libérale » était évidemment inconcevable avec Hitler, Mussolini Staline ou Mao qui considéraient le cinéma comme le meilleur outil d’exaltation patriotique du régime. Comme on le constate,Mystery ne va guère dans cette direction, ce qui en fait l’intérêt et la fragilité. Dans cette cruelle étude de moeurs, Lou Ye développe une brillante écriture cinématographique qui culmine dans la séquence d’ouverture et dans la conclusion qui nous dévoile la réalité des faits. Seul point délicat, le doute concernant les confusions (voulues) de cette tragédie construite sur d’incessants flashes-back à la chronologie flottante : ils risquent de décontenancer le spectateur, d'autant que les acteurs et les actrices ont des physionomies très voisines pour nos yeux d’Occidentaux. Afin de nous faciliter l’identification, les péripéties de cette histoire auraient gagné en clarté si les protagonistes avaient comporté des blonds, un gros ou deux maigres, etc. Hélas, tout le monde est brun, trentenaire et svelte. Donc, les qualités dynamiques de ce film hors normes méritent que nous fassions un effort d’attention pour bien repérer qui est qui.