Camille Claudel 1915

Film français de Bruno Dumont
Inspiré des lettres de Camille, de Paul et du dossier médical

Avec Juliette Binoche, Jean Luc Vincent, Robert Leroy, Emmanuel Kauffman, les Résidents de la Maison d accueil Spécialisée





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 15-03-2013

Durée: 1h37

 

Cloïtrée à perpétuité

La flamboyante Camille Claudel (1988) de Bruno Nuytten décrivait la naissance et l’épanouissement d’une vocation artistique chez une jeune fille fascinée par la personnalité d’Auguste Rodin dont elle devenait l’assistante, puis la maîtresse. Rodin finissait par prendre ombrage de ce jeune talent et Camille, broyée, se séparait du vieil artiste après quinze années de cohabitation tumultueuse. Durant dix ans, enfermée dans son atelier, elle cessa toute activité créatrice jusqu’à ce que sa famille la fasse interner pour troubles mentaux.

Dix autres années passent, nous sommes en 1915 et Bruno Dumont nous décrit trois journées de Camille, âgée à présent de cinquante ans, qui se morfond dans un asile d’aliénés proche d’Avignon, entourée de malades délirants. L’ardente Isabelle Adjani a cédé la place à Juliette Binoche, brisée par le chagrin, la solitude et l’inaction. Sans nouvelles de sa famille, à part les rares visites de son frère Paul qui n’engendre pas l’optimisme, elle traîne, oisive, dans ce cloître transformé en asile pour malades mentaux. C’est précisément cette inaction qui a séduit Bruno Dumont : faire un film sur quelqu’un qui n’a rien à faire. Pari apparemment gagné, car on ne peut qu’admirer l’incontestable performance d’une Juliette Binoche ravagée par le désespoir, l’enfermement et le voisinage des pensionnaires. Mais un sentiment de gêne m’interdit une adhésion totale à ce qui paraît d’autant plus une performance d’acteur qu’elle se déroule devant des malades réels dont les troubles ne sont guère simulés et que l’on observe en voyeurs honteux.

Cependant, ce malaise n’entame pas la force de cette évocation quand on imagine, après avoir découvert le vide total de ces 3 journées d’internement, que Camille Claudel allait devoir « vivre » encore près de 10 000 journées identiques, jusqu’à sa mort, solitaire, en 1942. On est broyé par l’horreur d’un destin si effroyable, puisque cette histoire est malheureusement vraie.