40 ans, mode d'emploi
This is forty

Film américain de Judd Apatow

Avec Paul Rudd, Leslie Mann, Maude et Iris Apatow, John Lithgow, Megan Fox, Chris O Dowd, Jason Segel, Melissa McCarthy, Graham Parker, Albert Brooks





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-03-2013

Durée: 2h14

 

Télé...film

Depuis près de dix ans, Judd Apatow tricote sa saga sexo-scato sur la crise des quadras aux titres révélateurs de son humour : 40 ans, toujours Puceau, En Cloque, Mode d’emploi et, aujourd’hui, 40 ans, Mode d’emploi, entraînant une troupe de comédiens dynamiques et de techniciens fidèles. Certains journalistes voient même en lui un auteur de comédies qui correspondrait bien à l’air du temps et serait pratiquement l’héritier actuel de Woody Allen ou de Lubitsch. J’éprouve une certaine surprise en découvrant que pour faire rire aujourd’hui, il est nécessaire d’asseoir l’acteur principal sur la cuvette des toilettes (voir l’affiche), de pratiquer la fellation comme on boirait un coca ou, entre autres petits problèmes, d’apprendre que le sympathique héros de cette famille "speedée" a des hémorroïdes et une sérieuse tendance à la pétomanie (il est vrai que « l’air du temps » est particulièrement pollué de nos jours). Puisqu’on évoque les « grands anciens » de la comédie, on imagine mal Keaton ou Chaplin faisant leur miel de pareilles situations. Bref, si - ayant désormais dépassé la quarantaine - Judd Apatow consentait à se débarrasser de cette salacité de pré ado qui continue à émailler ses dialogues et ses situations, il apparaîtrait sans doute un auteur/réalisateur estimable, inventif et incontestablement doué pour la comédie, mais selon les critères de la télévision qui l’a formé.

Car 40 ans, Mode d’emploi n’est pas un scénario de film à proprement parler. Il ne développe pas une histoire qui se développe et prend son temps pour résoudre les problèmes métaphysiques ou amoureux que rencontrent les protagonistes. La comédie de télévision, elle, fabrique une série de sketches d’une poignée de minutes chacun, abondamment dialogués, qui exposent un mini conflit se concluant généralement sur une réplique comique et on passe au sketch suivant (en ménageant la possibilité d’une coupure publicitaire). Mis bout à bout, on arrive ainsi à une projection de 2 heures 14 pour 40 ans, Mode d’emploi, qui pourrait aussi bien durer 3 heures ou 52 minutes, cela dépendant du nombre de sketches que décide de conserver le réalisateur. C’est le principe des « saisons » dans les feuilletons actuels qui, mis bout à bout, aboutiraient à un spectacle durant plusieurs heures, comme certaines pièces au Festival d’Avignon, toutes proportions gardées. Je n’ose tirer aucune conclusion de cette étrange contamination du cinéma, car on voit poindre aujourd’hui tellement de louanges sur les séries américaines (qui seraient « dans l’air du temps » comparées aux films cacochymes) que je m’en voudrais de passer à côté du nouveau Van Gogh.