FLIGHT

Film américain de Robert Zemeckis
Scénario de John Gatins

Avec Denzel Washington, Don Cheadle, Nadine Velazquez, Kelly Reilly,





Par Henri Lanoë
 

Durée: 2h18

 

In cauda venenum

Flight pourrait être une version actualisée du célèbre Lost Week-end de Billy Wilder (1945) qui fut un énorme succès, rafla 4 Oscars et même le Grand Prix d’un Festival de Cannes renaissant. Il y était question de la difficile rédemption d’un écrivain alcoolique durant un week-end caniculaire à New York et Billy Wilder n’en avait pas fait une comédie. Je n’avais pas de raisons précises d’aller voir Flight que j’imaginais semblable à la cohorte annuelle des grosses productions américaines consacrées aux catastrophes aériennes (ou aux tours infernales et autres fins du monde). J’ai donc été réellement surpris, à différents niveaux, en découvrant un film échappant aux clichés habituels. D’abord, le "crash" attendu n’intervient pas après deux heures de projection mais constitue l’extraordinaire ouverture du film. Nous savions déjà que Robert Zemeckis (24 films au compteur) maîtrisait le récit cinématographique et ses qualités de réalisateur éclatent dans ce prologue. Mais, à présent, problème : que faire des deux heures qui vont suivre ?

Le scénariste John Gatins fournit une réponse passionnante en nous livrant à présent le vrai sujet du film qui va développer le combat que doit mener Whit, pilote surdoué, pour convaincre la commission d’enquête que seul le matériel est responsable de cet accident et qu’il n’y a eu aucune faute de pilotage puisqu’il a réussi à poser cet avion en perdition, devenant de ce fait un héros national. Mais le spectateur, lui, sait depuis le début que Whit est alcoolique et cocaïnomane et c’est surtout ce combat là qu’il faudra gagner : une sévère désintoxication avant sa comparution est sa seule chance d’être blanchi car il doit jurer sous serment qu’il était sobre le jour de la catastrophe, sinon il risque la prison à vie. A partir de ce moment, nous assistons, impuissants, au naufrage de Whip qui boit plus que jamais, n’arrive pas à résister devant une bouteille de vodka, se fait insulter par son fils adolescent et perd l’amour d’une compagne d’infortune rencontrée à l’hôpital. Seuls, son vieil ami et un avocat efficace le soutiennent jusqu’au jour où il va enfin comparaître devant la commission d’enquête…

Jusque-là, le film a contourné tous les redoutables poncifs de ce genre de scénario : pas de concessions aux Alcooliques Anonymes, ni à Jésus notre sauveur, ni à l’amour d’une femme dévouée, ni à une musique envahissante, ni aux interminables scènes de procès qu’adore le cinéma hollywoodien. Et, sur la foi du serment, Whip jure qu’il était sobre le jour fatal. Il est pratiquement innocenté. Mais il sait que ce mensonge va déplacer les soupçons vers l’hôtesse de l’air morte dans l’accident… Il se reprend et avoue, soulagé, qu’il était bien ivre et drogué tous les jours qui ont précédé le "crash". THE END. Bravo, nous venons de voir le meilleur film de Robert Zemeckis, digne de tous les "Oscars".

Mais non, au lieu du générique de fin, la projection nous propose pendant cinq minutes un Denzel Washington, enfin dessoûlé et propre sur lui, qui tient un discours moralisateur dans la cour du pénitencier au milieu d’un cercle de prisonniers attentifs. Et, cerise sur le gâteau, son fils réconcilié vient lui rendre visite ! Je veux croire que cette ahurissante séquence finale a été tournée par la seconde équipe, dirigée par l'executive producer, à l’insu du scénariste (et du réalisateur).