Elefante Blanco

Film argentin de Pablo Trapero

Avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman


Sélection Un Certain Regard Cannes 2012


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-02-2013

Durée: 1h45

 

Dieu reconnaîtra les Siens

Cet éléphant blanc ne vit pas dans la jungle africaine ou indienne, mais agonise dans la banlieue de Buenos Aires : c’est le surnom d’un immense hôpital en construction dont les travaux vont être finalement interrompus par manque de crédits. Comme le chantier est situé, en plus, dans ce que le jargon actuel désigne désormais comme une « zone de non-droit », il sert de refuge à tous les petits trafiquants, dealers et autres délinquants qui pullulent dans cet immense bidonville où s’affrontent les différents cartels, les forces de Police et… les deux prêtres qui ont en charge ce quartier miséreux.

Il faut reconnaître que cette situation de crise - qui n’est déjà pas limpide pour les Argentins et les autres pays sud américains - est franchement opaque pour nous et que, malgré ses efforts, le scénario parvient difficilement à nous éclairer sur l’origine de ces affrontements meurtriers. Le film s’ouvre sur un massacre de villageois par des hommes en uniforme dont l’origine reste un mystère non élucidé pour le spectateur ; les affrontements urbains qui vont suivre conservent cette ambigüité que seuls, peut-être, les participants sont à même de déchiffrer. Inspirée par la mort controversée du padre Carlos Mugica en 1974, cette histoire vraie tente de retracer le difficile travail des prêtres qui ont été pris dans un étau : les habitants de ces banlieues déshéritées - qu’ils tentaient de protéger - et l’intervention permanente des forces de l’ordre contre les trafiquants.

Pablo Trapero est un réalisateur doué que les dysfonctionnements de la société intéressent comme le prouvent ses deux derniers films qui ont été sélectionnés à Cannes : Carancho (2010) et Leonera (2008). Cinéaste politique, comme le furent Francesco Rosi ou Yves Boisset, il est un des plus intéressants représentants du cinéma argentin contemporain, maîtrisant une mise en scène qui s'appuie sur de longs et difficiles plans-séquences (félicitations au travail du cadreur) se déroulant dans des décors acrobatiques ou au milieu d’une foule d’émeutiers. Je me permettrai seulement deux réserves dans ces louanges : d’abord, son goût prononcé pour les longues scènes de violence et les flots de sang dont il a tendance à abuser depuis Carancho, alors que toutes les images d'une guerre réelle montrent combien la mort frappe, sèche et brutale, dévalorisant ainsi le traitement lyrique et conventionnel des agonies de cinéma. De même, la relation amoureuse qui s’établit entre le jeune prêtre Nicolas et Luciana, l’assistante sociale, pourrait vraiment se passer des scènes de lit torrides qui semblent issues du cahier des charges d’une série B, alors que les qualités de ce film sont vraiment d’un autre niveau.

Mettons sur le compte du tempérament argentin ces quelques écarts, et soulignons surtout les qualités de cet "Elefante Blanco" qui exprime avec vigueur la nécessité qu’une solution acceptable par tous mette fin à ces éternels combats fratricides.