Tu honoreras ta mère et ta mère

Film français de Brigitte Rouän

Avec Nicole Garcia, Eric Caravaca, Patrick Mille, Michaël Abireboul, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva, Lakis Lazopoulos





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 06-03-2013

Durée: 1h32

 

Outre mère

On ne peut pas dire que Brigitte Roüan ait une carrière de réalisatrice aisée : malgré un César du court-métrage pour Grosse (1986), le Prix de la Semaine de la Critique pour Outremer (1990), une sélection à Un Certain Regard pour Post Coïtum Animal Triste (1996), et son dernier long métrage, Travaux, on sait quand ça commence, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2005, de longues périodes d’attente jalonnent son parcours, heureusement compensées par une activité de comédienne bien remplie. En signalant qu’elle avait déjà traité l’histoire de ses parents dans Outremer et sa propre histoire dans Post Coïtum et Travaux etc., un de ses enfants lui a suggéré qu’il était temps de se consacrer à présent à l’histoire de ses descendants. Ainsi est né l’esquisse de Tu honoreras ta mère et ta mère, titre qui n’a rien à voir avec l’actuel débat sur l’homoparentalité, précisons-le.

Brigitte Roüan a une relation plus que fusionnelle avec ses enfants : elle ne s’en remet pas de les voir quitter le nid pour aller vivre leur vie d’adultes, départ qu’elle considère comme un irréparable «divorce». Pour illustrer ce profond chagrin d’amour, elle nous propose les relations de Jo, mère pour le moins abusive, avec ses quatre fils qui frisent la quarantaine. Ce projet de comédie est "a priori" séduisant, d’autant qu’il va se dérouler dans la Grèce actuelle, plongée dans le marasme, et décrire les difficultés que rencontre Jo, à la tête d’une petite troupe de théâtre française, qui devait mettre en scène Oedipe dans un festival local, alors que la subvention a été supprimée pour cause de crise.

Il y a une jolie idée enfouie dans le scénario : les personnages de la célèbre tragédie se retrouvent tous incarnés discrètement dans la famille de Jo (qui est évidemment "Jocaste"). Mais les allusions sont tellement subtiles que je doute fort de voir les meilleurs hellénistes les décrypter dans le bordel ambiant. L’histoire court trop de pistes à la fois, et les efforts visibles d’un quatuor de scénaristes n’arrivent pas à rendre lisible ce récit surchargé de péripéties qui s’annulent au lieu de se compléter : l’improbable squat par la famille d’une villa de luxe inoccupée, les relations à peine esquissées des quatre fils avec leur mère, le débarquement d’une foule de copains, copines, parents, enfants, ex, futurs, etc. qui sont si nombreux que le film se termine sans qu’on les ait tous situés, la crise économique évoquée dans les dialogues mais guère dans les images, l’ahurissant spectacle final que présente Jo et sa troupe aux spectateurs du festival rescapé, tout cela ne compose pas la comédie loufoque espérée mais, malheureusement, un film qui cherche vainement un ton et un style sans les trouver.