Pas très normales activités

Film français de Maurice Barthélemy

Avec Norman Thavaud, Stefi Celma, Maurice Barthélémy, Rufus, François Bureloup





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-01-2013

Durée: 1h24

 

Parodie parodique de parodies

Dès les origines, la parodie a inspiré le cinéma balbutiant : on peut considérer que Le Voyage dans la Lune de Méliès (1902) traitait de façon parodique le livre de Jules Verne, mais dès "L’étroit Mousquetaire" du génial Max Linder (1922) apparaît une véritable parodie des grands films épiques de Douglas Fairbanks qui triomphait alors dans Le Voleur de Bagdad, Le Pirate Noir, Robin des Bois, Les Trois Mousquetaires, etc. avec, en prime, des cascades de Max qui égalaient en virtuosité celles de l’original. Plus tard, il est arrivé que le scénario de certains films des Marx Brothers – comme Go West (1940), pastiche du western ou Une Nuit à Casablanca (1946), caricature du légendaire Casablanca (1942) - soient une déclinaison humoristique des modèles, mais leur goût du "non sense" et des situations absurdes reste l’aspect essentiel de leur apport aux comédies de cette période. Enfin, dans les années 70, apparaît Mel Brooks qui se spécialise définitivement dans le détournement des films célèbres en parodiant tous les genres du cinéma américain, du western à la conquête de l’espace, du thriller au film d’épouvante : The Producers, Frankenstein Junior, Blazing Saddles, Space Balls, Silent Movie jalonnent une étonnante série de pastiches interprétée par une troupe de comédiens rodés à cet exercice : Mel Brooks en tête, Anne Bancroft, Marty Feldman et Dom DeLuise, entre autres.

Avec des moyens incomparablement plus modestes que ces illustres prédécesseurs, Maurice Barthélémy tente à son tour l’aventure. Formé par l’école de Canal+ et des Robins des Bois, son originalité vient de l’idée de parodier des films qui sont déjà eux-mêmes auto parodiques, du genre Blair Witch, Las Vegas Parano ou Paranormal Activity. On imagine combien cette mise en abyme peut devenir vertigineuse. Mais le point faible de ce sympathique projet semble résider dans le pastiche de séries B appréciées d’un public relativement restreint (rien à voir avec la notoriété d’un Douglas Fairbanks ou des films célèbres que Mel Brooks prenait comme références) et de s’appuyer sur un jeune auteur comédien, Norman Thavaud, connu seulement des accros d’Internet qui préfèrent voir gratuitement des sketches de trois minutes sur leurs écrans d’ordi plutôt que d’aller dans un cinéma payant. Sans connaître cette référence, les spectateurs risquent d’être décontenancés durant la première partie du film car Maurice Barthélémy utilise la technique rudimentaire qui caractérise les mini-sketches de Norman Thavaud : le caméscope est posé de guingois sur une table et le héros s’adresse directement à la caméra, en plan fixe, comme dans ses mini-clips. Après un long prologue de ce « cinéma pour tous », le réalisateur intervient enfin – puisqu’il est également acteur - dans le rôle d’un vidéaste pervers et provincial pour remettre le récit sur les rails d’un découpage plus conventionnel et, peut-être, plus accessible au public de David Lynch ?

Dans le délire général de cette histoire de maisons hantée par des cochons, je ne suis pas certain que l’évidence de la parodie émerge clairement, mais le film est émaillé de quelques trouvailles, plein de bonne humeur et servi par des comédiens qui mouillent la chemise sans compter pour nous entraîner dans la chasse aux fantômes porcins, à la suite de Norman Thavaud, Maurice Barthélémy et de la dynamique Stéfi Celma. De plus, on retrouve avec plaisir Rufus, déguisé en Amish, tentant de s’exprimer en verlan sans y parvenir. Bref, ce comique « générationnel » devrait surtout emballer les élèves de 4ème, ce qui est déjà bien.